LE COMMERCE ANGLAIS
intensive. Grâce à ces améliorations, une acre produisit autant que deux avec l’ancien système. Ces nouveaux procédés demandaient des soins plus attentifs et plus multipliés, et par suite plus de bras; aussi la terre exigeat-elle bientôt autant d’ouvriers qu’avant le début de la crise agricole.
bien des forces cependant restaient encore inactives; elles trouvèrent leur emploi dans l’industrie. Les manufactures de toile étaient encore peu importantes, et celles de soie venaient seulement d’être introduites dans le pays. Mais la fabrication de la laine était devenue l’une des principales sources de la prospérité nationale. L’Angleterre n’envoyait plus tisser la laine brute en Flandre, ni teindre ses étoffes à Florence. Les divers procédés tels que le tordage du fil, le tissage, le foulage et la teinture, se répandirent bientôt jusque dans les campagnes. Les filatures de laine, concentrées jusqu’alors â Xorwich, se multiplièrent dans l’Est ; les fermières elles-mêmes se mirent à filer partout la laine de leurs moutons sur de grossiers métiers portatifs dits a home spun » .
Le sud et l’ouest de l’Angleterre, où se trouvaient alors presque toutes les mines et les manufactures, restèrent cependant les grands centres de l’industrie et delà richesse du pays. Le Kent et le Sussex possédaient seuls des fabriques d’acier, dont la prospérité était menacée par la disparition prochaine des forêts qui fournissaient du combustible â leurs hauts fourneaux. L’étain formait alors comme aujourd’hui le seul produit d’exportation de la Cornouaille, qui commençait seulement à tirer parti de ses mines de cuivre. Rien n’était comparable, parmi les étoffes de laine anglaise, aux draps fins de l'Ouest; les Cinq Ports conservaient pour ainsi dire le monopole du commerce de la Manche ; chaque petit havre, depuis le cap Foreland jusqu’au cap Land’s End, mettait à la voile des flottilles de bateaux pêcheurs montés par de hardis marins qui devaient fournir des équipages â Drake, ou devenir plus tard les boucaniers d’Amérique. C’est aussi sous le règne d’Elisabeth que le nord de l’Angleterre, qui semblait condamné a l’inaction depuis la chute de la domination romaine, commença à se réveiller de sa longue torpeur ; nous voyons, dès lors, les premiers indices de la prochaine révolution économique qui devait transporter les manufactures anglaises et le mouvement industriel au nord de la Mersey et de l’Humber ; nous trouvons ça et là dans les documents contemporains la mention des toiles de .frise de Manchester, des couvre-pieds d’York et des draps d’Halifax.
Le commerce anglais. — Le développement du commerce anglais à la même époque fut plus rapide encore que les progrès de l’industrie. Pour en bien juger, il ne faut pas nous mettre au point de vue moderne, car l’Angleterre comptait à peine cinq ou six millions d’habitants, et la contenance des navires ordinaires de cette époque dépassait rarement cinquante mille "tonneaux. Le plus grand des bateaux marchands qui sortaient
L'ANGLETERRE A U TEMPS D’ÉLISABETH
alors du port de Londres devait être à peu près de la taille d'un brick à charbon actuel.
C’est sous le règne d’Élisabeth, comme nous l’avons déjà dit, que le commerce anglais prit son essor, et prépara les Anglais à être les commissionnaires du monde entier. Ceux-ci avaient des rapports particulièrement fréquents avec les Pays-Bas ; Anvers et Bruges étaient les grands marchés européens du commencement du seizième siècle, et les Anglais y vendaient annuellement de la laine et des draps pour plus de deux millions de livres sterling (douze millions cinq cent mille francs). La ruine d’Anvers, à la suite du siège et de la prise de cette ville par le duc de Parme, Alexandre Farnèse, donna à Londres l’empire commercial. Un tiers des négociants et industriels d’Anvers trouvèrent un refuge, dit-on, sur les bords de la Tamise. Le commerce d’exportation dans les Pays-Bas déclina rapidement dès que la capitale de l’Angleterre fut devenue le principal marché d’Europe, où l’on trouvait l’or et le sucre du \ouveau Monde, à côté du coton de l’Inde, des soieries d’Orient et des étoffes de laine de fabrication indigène. La création de la Bourse royale par sir Thomas Grès lia ni (156G) témoigne de la rapide extension du commerce à cette époque. ATon-seule~ ment la Manche était le rendez-vous des commerçants du monde entier, mais les Anglais, à mesure que se développaient leur énergie et leur prospérité, trouvaient de nouveaux débouchés à leur activité. Les navires marchands de Venise venaient toujours faire escale à Southampton ; mais, depuis le règne de Henri Vil, un traité de comuierce^avait été conclu avec Florence, et le trafic anglais dans la Méditerranée, qui avait déjà commencé sous Richard 111, prit une rapide extension. Les échanges entre l’Angleterre et les ports de la Baltique étaient restés jusqu’alors entre les mains des villes hanséatiques : mais la disparition, justement à l’époque où nous sommes arrivés, de leur dépôt de Londres, le Marché au Fer, prouve que le commerce du A'ord avait passé aux mains des Anglais. C’est de la que date le rapide développement du commerce de Boston et de Hull avec la Baltique. La conquête et la colonisation de lTrlande à la fin du règne d’Elisabeth et sous Jacques Ier contribuèrent puissamment à la prospérité de Bristol, qui vivaitpour ainsi dire de ses échanges avec cette île. Une fantaisie de marin, le désir de trouver un passage pour aller aux Indes par le nord, mit l’Angleterre en communication avec un pays jusqu’alors, inconnu. Des trois navires qui mirent à la voile (1553) sous la conduite de Richard VV illoughby, pour réaliser ce rêve, deux furent retrouvés sur les côtes de la Laponie, pris dans les glaces, où avaient péri leurs équipages et leur malheureux commandant; mais le troisième, sous la conduite de Richard Chancelier, arriva à bon port dans la mer Blanche, découvrit Arkaugel et établit par cette voie des rapports commerciaux avec la Russie. Les négociants de Southampton faisaient déjà leur fortune en important de 1 ivoire et de la poudre d’or des côtes de Guinée ; c’est alors que com-