‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 220 sur 255 · PROGRES DE LA RICHESSE ET DH L H X E · texte numérisé non relu

PROGRES DE LA RICHESSE ET DH L H X E

niença cette horrible traite des nègres entre l’Afrique et les colons du Nouveau Monde, inaugurée par John Hawkins, qui s’en vantait en choisissant pour armes un mulâtre attaché par une corde. La pêche de la Manche et de la nier du Nord occupait tous les ports qui bordent la cote de Yarmouth à Plymouth. Chester et Bristol rivalisaient avec les pêcheries de l’Ulster, et Sébastien Cabot, parti de Bristol pour se rendre dans l’Amérique septentrionale, avait enseigné aux navires de cette ville à s’aventurer au milieu des tempêtes du nord de l’Atlantique. Le nombre des bateaux anglais occupés à la pêche à la morue sur les côtes de Terre-Neuve n’avait pas cessé d’aller en augmentant depuis Henri VIII, et à la fin du règne d’Elisabeth, les marins de Biscaye trouvaient jusque dans les mers polaires des Anglais prêts à leur faire concurrence comme baleiniers.

Progrès de la richesse et du luxe. — Si Elisabeth favorisa le développement commercial de l’Angleterre, ce fut surtout en assurant l’ordre et la paix, en sachant être assez économe pour éviter de faire trop souvent appel à la bourse de ses sujets, et pour se contenter des ressources ordinaires de la Couronne. Elle prit, déplus, le commerce sous sa protection directe; elle considérait comme un devoir pour l’Etat de veiller à sa sécurité et à son extension; elle prenait part aux spéculations commerciales, et sanctionnait la formation d’une grande compagnie de négociants pour assurer la sécurité du commerce à l’étranger. La Société des Marchands aventuriers , qui existait depuis longtemps et avait été officiellement reconnue par une charte de Henri Vif, servit de modèle à la compagnie russe et à celle qui accapara bientôt tout le nouveau commerce avec l’Inde.

Elisabeth et ses ministres ne voyaient pas toutefois ces changements avec une joie sans mélange; ils craignaient l’amour du luxe et du confort, qui leur paraissait devoir appauvrir le pays et épuiser les ressources du peuple.

« 1/ Angleterre » , disait Cccil avec humeur, a dépense aujourd’hui en un an plus de vins qu’autrefois dans l’espace de quatre années. « L’abandon du poisson salé comme nourriture, et la consommation toujours plus grande de la viande, marquent nettement l’accroissement du bien-être dans la classe agricole. Les fermes grossières, construites en bois, faisaient place à des habitations de brique et de pierre ; au lieu de plats de bois, les fermiers se servaient de plats d’étain; quelques paysans riches pouvaient même montrer avec orgueil de la vaisselle d’argent.

C’est à cette époque que l’on vit naître cette idée, si essentiellement anglaise, du confort domestique. Les cheminées, presque inconnues au commencement du siècle, devinrent bientôt d’un usage général sous Elisabeth, et l’on ne put désormais parler de vie de famille sans penser au coin du feu. Les oreillers, dédaignés jusqu’alors comme bons « tout au plus pour les femmes en couches » , furent introduits dans les maisons, et les

tapis remplacèrent partout les planchers de joncs, si difficiles à nettoyer. Les villes anglaises, d'aspect autrefois si mesquin, se transformèrent grâce à cette classe moyenne qui devait jouer plus tard un rôle si important dans rhistoire d’Angleterre ; les maisons des riches négociants avaient un air imposant avec leurs façades à auvents, leurs pignons de formes bizarres; elles étaient magnifiquement lambrissées à l'intérieur, et l'on montait par des escaliers sculptés à des chambres que remplissait presque à lui seul un lit d’un luxe inouï. Mais ce qui frappe plus encore, c'est la disparition de tout vestige de la vie féodale ; au lieu des anciens châteaux crénelés aux épaisses murailles, on vit sortir de terre d’élégantes et artistiques demeures dans ce style architectural particulier au règne d'Élisabeth, et dont Knovvle, Longleat, Burleigh, Hatfield, Hardwick et Audley-End nous offrent encore aujourd'hui les plus parfaits modèles. On ne songeait plus à se défendre, mais à vivre d’une vie confortable et délicate. Quelle joie pour les yeux que ces pittoresques rangées de pignons, ces façades aux sculptures en relief, ces tourelles dorées, ces élégantes girouettes, ces portails crénelés ! De ses fenêtres en ogive et faisant saillie au dehors, le châtelain pouvait contempler son jardin à l’italienne avec ses majestueuses terrasses et ses larges escaliers, orné de vases et de fontaines, où l’on sepromenaitdans des labyrinthes bizarres ou dans de solennelles avenues aux ifs grotesquement taillés et singeant les belles allées de cyprès des pays du Midi.

C'est aussi à l’influence du goût italien que l’on dut la transformation de l'intérieur des maisons; on transporta à l’étage supérieur les principaux appartements, ce qui fut un motif pour construire ces magnifiques escaliers que 1 on admire encore aujourd'hui ; on entoura les paisibles cours intérieures de longues galeries de réception; le foyer si nu jusque-là fut orné de superbes cheminées surmontées de faunes et d’Amours, couvertes d'arabesques fantastiques et de monogrammes bizarrement entrelacés ; les murs furent tendus de tapisseries, et l’on ne vit plus dans les chambres que meubles précieusement sculptés et ces riches armoires appelés cabinets . La vie des châteaux s’était concentrée au moyen âge dans la vaste salle oùle baron dominait du haut d’une estrade élevée la foule des vassaux réunis à sa table. Mais la vie féodale n’existait plus alors ; les seigneurs avaient renoncé à vivre au milieu du peuple de leurs vassaux et de leurs tenanciers ; cette révolution dans les mœurs devint manifeste quand le seigneur se retira avec sa famille dans son salon ou dans « sa pièce du fond * ( withdrawrng rooni ), et laissa la grande salle à ses gens. Qn ne le voyait plus chevaucher à la tête de ses serviteurs ; il se faisait traîner dans un carrosse, véhicule tout nouveau à cette époque. On prodigua les fenêtres et les vitrages dans les nouveaux manoirs, pour le plus grand bien de 1 hygiene publique. Chaque maison de négociant avait aussi sa fenêtre en lanterne. « Vous aurez bientôt tant de vitres de tous les

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