‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 226 sur 255 · LES SEMI M A R 1 S T E S · texte numérisé non relu

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de la petite noblesse où se recrutaient en général les juges de paix, mais surtout de la profonde indifférence religieuse de la Reine. Le bill du Test avait livré la magistrature aux mains des protestants; dès lors la Heine passa de l’indifférence au soupçon, du soupçon à la terreur, et ne fit plus rien pour arrêter les progrès du fanatisme. En quittant Eaton Hall, où elle avait séjourné dans l’un de ses voyages, la Reine remercia le jeune Rookuood, le maître du lieu, de son hospitalité, et lui donna sa main à baiser. Mais le lord chambellan, apprenant que Rookvvood avait, été excommunié pour manque d’assiduité au service divin, Rappela auprès de lui et le tança d’importance pour avoir osé affronter la présence royale, lui, indigne de frayer avec des chrétiens. « Vous mériteriez le pilori * , dit-il; ^ pour le moment, quittez la cour, et attendez chez vous le bon plaisir du conseil privé. » Le malheureux fut enfermé à la prison de jVonvich , tandis que sept autres gentilshommes de marque avaient la chance d’en être quittes pour une simple détention dans leur propre maison.

Les craintes de la Reine gagnèrent bientôt la nation tout entière ; ce fut une véritable panique; les quelques prêtres de Douai qui venaient de débarquer en Angleterre se changèrent en une véritable nuée d’émissaires du Pape, chargés de semer partout la révolte et la trahison. Le Parlement, devenu, à la suite du vote de l’Acte -du Test, presque entièrement protestant, à l’exception d’un petit nombre de pairs catholiques, fut obligé de faire face a ce nouveau danger, et déclara coupables de haute trahison tous ceux qui auraient aidé les prêtres à débarquer et leur auraient offert l’hospitalité. Ce vote n’était pas une vaine menace, on <*n eut bientôt la preuve; un jeune prêtre, Cuthbert May ne , arrêté en Cornouailles, fut immédiatement exécuté. Elisabeth semblait résolue a sévir; cependant, elle répugnait à l’idée d’une persécution religieuse et se vantait de respecter la liberté de conscience ; son ministre Cecil, dans sa défense de la politique de sa souveraine, tout en déclarant la liberté des cultes incompatible avec l’ordre dans l’Eglise, eut l’audace d’affirmer que tout sujet anglais était parfaitement libre dans ses opinions religieuses. A nos yeux, ce système, qui pouvait transformer tous les catholiques en traîtres et les actes d’adoration en crimes de haute trahison, est plus odieux encore qu’une simple persécution. Xéanmoina, c’était déjà faire un pas vers la tolérance que de ne sévir, comme le faisait la Reine, que pour des molifs purement politiques. Malgré les excès de répression, on peut dire qu’Elisabetli est le premier souverain d’Angleterre qui ait compris ce que les persécutions religieuses avaient de déshonorant pour un gouvernement, et qui ait hautement déclaré que de simples divergences en matière do foi n’étaient pas une raison suffisante pour condamner des hommes à mort.

11 est juste de reconnaître que la présence de ces nouveaux missionnaires offrait un véritable danger politique, d’autant plus que leurs prédi-

cations furent bientôt suivies des menées d'une société dont l’existence seule était une perpétuelle menace pour les Etats protestants ; je veux parler de l’Ordre des Jésuites, si aveuglément soumis à la volonté et aux ordres du Saint-Siège, et auquel se trouvaient affiliés plusieurs des Oxfordiens réfugiés à Douai. Campian et Parsons, autrefois Jellows des collèges de Saint-John et de Balliol, deux des plus capables et des plus éloquents parmi les exilés, furent choisis comme chefs de la propagande jésuitique en Angleterre. Le succès de leur mission fut prodigieux. On se pressait en foule aux sermons de Campian, qui parlait presque librement à Smithfield, devant des auditoires immenses, malgré l'énergique opposition du gouvernement (1581). De Londres, les missionnaires errèrent à travers plusieurs comtés, déguisés en soldats ou en valets, ou même revêtus de la soutane du clergé anglican, et partout ou ils se trouvaient on voyait le zèle de la petite noblesse catholique se réveiller. Ces apôtres du catholicisme ramenèrent ainsi plusieurs membres de la haute noblesse à l’ancienne foi, entre autres le gendre de Burleigh, connu sous le nom de lord Oxford, le plus magnifique des pairs d’Angleterre. On se rendit compte du coup porté à la politique religieuse d’Elisabeth par les Jésuites quand on vit les catholiques s’abstenir en masse d’assister aux services de l’Eglise établie. Le Parlement et les protestants s’effrayèrent beaucoup plus que de raison; la petite troupe de missionnaires, grossie par l’imagination populaire, se transforma en une armée de Jésuites déguisés; aussi s'empressa-t-on de voter des lois prohibant la célébration de la messe même dans les maisons privées, portant l’amende contre les non conformistes à vingt livres par mois, et déclarant coupables de haute trahison « toutes personnes qui prétendraient avoir le droit de délier les sujets de la Heine de leur serment de fidélité, et qui chercheraient à les ramener à la religion catholique romaine, ainsi que celles qui se détacheraient dorénavant de l’Eglise anglicane pour se soumettre au Saint- Siège » (1581).

Cette loi donnait à la couronne des pouvoirs presque illimités. La manière dont Elisabeth en usa nous révèle le fond de sa pensée en matière de liberté religieuse, et servit de guide à ses successeurs pendant plus d’un siècle. Jamais un laïque ne fut cité à comparaître devant un tribunal ou conduit à l’échalaud pour cause de religion ; on se contentait de frapper la petite noblesse catholique d’une amende plus ou moins lourde, suivant les circonstances, pour refus de sèrment ou pour manque d’assiduité au culte de l’Eglise établie; Elisabeth garda toutes ses rigueurs pour le clergé, et son impitoyable sévérité réussit à écraser momentanément la réaction catholique. Les Jésuites, traqués par les espions de Walsingliam, étaient traînés hors de leurs cachettes et envoyés par fournées à la Tour. Parsons se vit contraint de fuir sur le continent; Campian, fait prisonnier, fut traîné a travers les rues de Londres au milieu des hurlements de la popu-

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