ELISABETH E T PHILIPPE II
lace, et amené devant un tribunal comme coupable de haute trahison. Il embarrassa ses juges en affirmant que a sa religion était son seul crime» ; mais son refus de s’expliquer catégoriquement sur la validité (Je l'excommunication et de la déposition de la Reine par le Pape, mit en évidence le * danger politique d’une propagande jésuitique.
L’exécution de Campian fut le signal d’une extermination impitoyable et systématique du clergé catholique. Si nous en croyons les historiens du parti, deux cents prêtres périrent de mort violente, pendant les vingt années qui suivirent, et Ton en vit succomber plus encore aux atteintes de la fièvre dans les immondes prisons où on les avait entassés. Ces mesures de rigueur arrêtèrent la réaction catholique; mais on ne put pas détruire entièrement les résultats de la prédication des Jésuites. On dut renoncer à l’espoir d’établir une complète unité religieuse par un système de lente conciliation et de contrainte morale. Les catholiques anglais emprisonnés et accablés d’amendes à chaque crise politique, privés de leurs prêtres par la prison ouïe gibet, furent à jamais rejetés hors de cette Eglise nationale qui les persécutait.
Élisabeth et Philippe II. — Ces violences exercèrent sur la politique générale une influence encore plus grave et plus funeste. Les tortures et le martyre des Jésuites, qui avaient fait tressaillir d’horreur le monde catholique, firent passer l’Espagne d’un état de sourde hostilité à la guerre ouverte. L’Espagne était alors le plus puissant Etat de l’Europe; les découvertes de Colomb lui avaient donné le Nouveau Monde; les conquêtes de Cortez et de Pizarre avaient versé dans ses coffres les dépouilles du Mexique et du Pérou ; ses galions apportaient les riches produits des Indes, l’or, les pierres précieuses et les lingots d’argent, dans le port de Cadix. Son souverain ajoutait à ses possessions du Nouveau Monde les plus belles et les plus riches parties de l’ancien ; il était maître de Naples et du Milanais, les plus fertiles provinces de l’Italie, des Pays-Bas et des Flandres, l’Etat le plus industrieux dedoutc l’Europe, et d’Anvers, ce marché central du commerce du monde . L’Espagne meme était pauvre; mais elle* fournissait à son roi les soldats les plus solides et les plus hardis qu’on eût vus en Europe depuis la chute de l’Empire romain. La renommée de l'infanterie espagnole n’avait fait que grandir depuis le jour où elle avait si bien résisté au choc de la cavalerie française à la bataille de Ravenne, et les généraux espagnols étaient fameux à la fois pour leur habileté militaire et pour leur impitoyable cruauté. Toutes ces immenses ressources se trouvaient entre les mains d’un seul homme. Bien que Philippe II fut secondé par d’excellents ministres et de fins diplomates, il tenait à s’occuper de tout. On le vit, chaque jour, pendant son long règne, travaillant comme un simple commis, dans son cabinet où s’entassaient tous les papiers de l’Etat; rien ne devait échapper a son contrôle; rien ne devait
•4 Ci