‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 228 sur 255 · L’A U MAD A · texte numérisé non relu

L’A U MAD A

être fait sans son ordre. Il se vantait avec raison d’etre souverain absolu dans son immense empire ; c’est pour réaliser cet idéal d’absolutisme qu’il supprima violemment les franchises de l’Aragon comme son père avait détruit celles de la Castille, et envoya le duc d’Albe dans les Pays- Bas pour fouler aux pieds leurs vieilles libertés. Aussi bigot qu’ambitieux, il réduisit l’Italie et l’Espagne au silence au moyen de l’Inquisition, et détruisit l’hérésie dans les Flandres par lofer et le feu. Cette puissance gigantesque étendait sur toute l’Europe son ombre fatale. Le nouveau protestantisme ainsi que le nouvel esprit de liberté politique comprirent que leur plus grand ennemi était Philippe II. C’était l’Espagne bien plutôt que les Cuise que combattaient en vain Coligny et les huguenots; c’était contre elle que luttait Guillaume d’Orange au nom de la liberté civile et religieuse de son pays; c’est encore l'Espagne qui devait bientôt plonger l’Allemagne dans le chaos de la guerre de Trente ans. C’était de l’Espagne que le monde catholique attendait vainement depuis vingt ans la défaite de l’hérésie en Angleterre.

Quelque considérables que fussent les ressources de Philippe II, elles se trouvaient sans cesse épuisées par les entreprises ambitieuses où l’en- „ traînaient son zèle religieux et sa soif du pouvoir, ainsi que l’étendue de son empire. Maintenir les petits Etats italiens dans l’obéissance, conserver une influence prépondérante en Allemagne, soutenir le catholicisme en France, écraser l’hérésie dans les Pays-Bas, envoyer une Armada contre les Turcs et une autre contre Elisabeth, c’était assez pour épuiser môme la monarchie espagnole. Mais la reine d’Angleterre comptait moins sur l’épuisement des finances de Philippe il que sur le caractère même du Roi pour réussir dans la lutte qui durait entre eux depuis si longtemps. Il était lent, prudent jusqu'à la timidité; il se perdait en délais, en hésitations sans nombre, redoutant les périls les plus lointains ou espérant les chances les plus incertaines. Elisabeth, dès son avènement au trône* sut merveilleusement tirer parti des faiblesses du caractère de son rival. Les négociations diplomatiques entre les de.ux puissances nous font penser à un combat entre un lourd galion espagnol et une légère pinasse de boucaniers. La rapidité de conception d’Élisabeth, ses changements subits de résolution, ses mensonges, ses manèges, embarrassaient et gênaient Philippe II sans le tromper sur ses intentions.

Cependant, maigre toutes ces complications d’intrigues, rien n’avait été plus simple jusqu’ici que la ligne de conduite suivie par la Heine; au commencement de son règne, la 1* rance n était guère moins puissante que l’Espagne; aussi se contenta-t-elle de les opposer l’une à l’autre; elle empêchait la France de venir au secours de Marie Stuart en la menaçant de s allier avec 1 Espagne, et forçait Philippe à fermer les yeux sur ses tendances hérétiques et à décourager les velléités de révolte des catholiques anglais, en lui faisant redouter un rapprochement entre l’Angle-

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