LES BARONS DE LE N CEINTE
d'assaut leurs places fortes, et il fallut exiler les principaux chefs pour maintenir la suzeraineté de T Angleterre (1210). Jean divisa celte partie de l'Irlande en comtés qu’il soumit à la législation anglaise; mais à peine s’était-il éloigné, que l’anarchie, un instant écrasée, se déchaîna de nouveau. Tous les Irlandais, en dehors de l'Enceinte, étaient considérés comme hors la loi : pouvait les tuer qui voulait. Les barons tenaient la moitié de leurs subsistances de leurs incursions de l’autre côté de la frontière; et les indigènes se vengeaient de leurs attaques en portant la terreur et la désolation jusque sous les murs de Dublin. Amis et ennemis s’entendaient pour opprimer les colons anglais qu’ils traquaient comme des hôtes fauves; les querelles intestines des barons usaient leurs forces et les empêchaient de s'unir contre les Irlandais. Le débarquement d’une armée écossaise, après la bataille de Bannockburn, sous la conduite d’Edouard Bruce (1314), et la révolte générale des clans à son approche, obligèrent les barons d’oublier un moment leurs discordes pour combattre les envahisseurs. Grâce à leur courage, ils remportèrent la sanglante victoire d’Athenry, où succombèrent onze mille de leurs ennemis, entre autres la tribu O’Connor presque tout entière. (10 août 1316.)
Avec la paix reparurent le désordre et l’anarchie. Les barons tombèrent alors au rang de simples chefs de clans. Les Fitz-Maurice, créés comtes de Desmond, et dont les immenses domaines avaient été érigés en comté palatin, adoptèrent les mœurs et les coutumes des peuplades environnantes. En vain le statut de Kilkenny (1367) interdit aux habitants d’origine anglaise d’adopter la langue, les noms et les vêtements irlandais; en vain il rendit la loi anglaise obligatoire, et proscrivit comme crime de haute trahison l’usage de la loi indigène ( Brehon lam ), qui s’était peu à peu introduite dans l’Enceinte; en vain on qualifia également de trahison les mariages entre Anglais et Irlandais, ou l’adoption d’enfants anglais par des Irlandais ; les choses ne firent qu'empirer.
Le gouvernement anglais, effrayé de l’inefficacité de ses* mesures législatives pour arrêter la décadence de l’Irlande, résolut de s’emparer du pays et de lui donner une organisation définitive. Pendant un des moments de tranquillité de son règne si orageux, Richard II débarqua dans l’ile à la tête d’une armée formidable, et put s’avancer rapidement jusqu’au cœur de l’Irlande sans rencontrer de résistance : soixante-quinze chefs de clans lui rendirent hommage, et quatre des principaux rois de l’ile le suivirent jusqu’à Dublin, où ils furent armés chevaliers. (1394.) Le Roi commençait à se consacrer à un travail de réorganisation et de réforme, à exiger une stricte observance des lois, à destituer les officiers prévaricateurs, à se concilier l’affection des Irlandais, lprsque les troubles de l’Angleterre le rappelèrent peu après dans son royaume. A peine ses derniers soldats s’étaient-ils embarqués, que son œuvre s’écroulait sans laisser de traces.