LA R É F O R M A T 1 O N
anglais, et d’encourager l’agriculture et le labourage. Cette soumission ne fut pas seulement imposée par la terreur qu’inspirait Henri VIII, mais aussi achetée à beaux deniers comptants. Les chefs de clans, au bout du compte, gagnèrent beaucoup au change; on leur distribua les terres des abbayes qu’on avait supprimées, des qu’ils eurent pris leurs nouveaux titres, et les tribunaux anglais, ignorant la coutume irlandaise qui voulait que les terres appartinssent à la tribu tout entière; les regardaient comme les seuls propriétaires du sol.
La réformation. — En prenant le titre de roi d’Irlande au moment de la rupture avec la papauté, au lieu de l’ancien nom de lord , Henri VIII se montrait conséquent avec lui-même. Son système de gouvernement avait d’incontestables mérités, et ses imperfections lie pouvaient guère être aperçues des hommes d’Etat dece temps-là. Les lois interdisant le costume national, les lois, les coutumes et la langue irlandaises ne semblaient aux ministres de Henri VIII que la suppression des restes de barbarie qui faisaient obstacle au progrès; ce n’était, eu tout cas, qu’en dehors de l’Enceinte que ces mesures pouvaient offrir quelques inconvénients. Celte politique à la fois ferme et conciliante aurait fini probablement par triompher, si une funeste erreur n’avait déchaîné sur l’Irlande les querelles religieuses, au moment où les querelles civiles prenaient fin.
Depuis le débarquement de Strongbow, l’Eglise irlandaise n’existait pour ainsi dire plus, par la raison bien simple que la nation irlandaise n’existait pas. Nulle différence de doctrines dans les églises situées soit en dehors, soit au dedans de L'Enceinte; mais dans l’Enceinte, le clergé était exclusivement anglais, hors de l’Enceinte exclusivement irlandais. Les gens du pays se trouvaient exclus, de par la loi, de toutes les églises et abbayes situées dans les limites des Etats anglo-irlandais, et les indigènes, dans leur haine de l’Anglelerre, n’admettaient aucun Anglais dans leurs église^.
L’état religieux du pays était aussi déplorable que son état politique. L’anarchie et les querelles intestines avaient été fatales à la discipline ecclésiastique. Les évêques étaient de simples fonctionnaires publics ou bien de hardis soldats comme les chefs qui les entouraient; ils abandonnaient leurs sièges et laissaient tomber leurs cathédrales en ruine. Aussi voyait-on des diocèses entiers où les églises délabrées n’avaient point de prêtres. Pour la prédication, on en était réduit aux homélies des Frères mendiants qui restaient a peii près sans écho dans le pays : « Si le Uoi n’apporte pas un remède énergique», disait-on en 1525, « il y aura bientôt moins c]e christianisme eu Irlande que dans le cœur de la Turquie. »
Malheureusement, le remède apporté par Henri VIII fut pire que le mal. Politiquement parlant, l’Irlande ne faisait plus qu’un avec l’Angleterre, et la grande rupture des Tudor avec la papauté s’étendit naturellement