‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 241 sur 255 · T. A CONQUÊTE DE L’IRLANDE · texte numérisé non relu

T. A CONQUÊTE DE L’IRLANDE

aux: deux îles. Les changements furent tout d’abord de peu d’importance. La question de la suprématie, qui avait bouleversé l’ Angleterre, ne rencontra en Irlande qu’une indifférence générale. Chacun était disposé à accepter ce nouvel état de choses sans s’inquiéter de ses conséquences. Les évéques et le clergé de l’Enceinte se soumirent à la volonté du Roi avec autant d’empressement qüe le clergé anglais, et leur exemple fut suivi par quatre prélats au moins de l’Irlande proprement dite. Les chefs indigènes ne montrèrent pas plus de scrupules que les lords du conseil à rompre avec Home et a reconnaître Henri u comme chef suprême de l’Eglise chrétienne d’Angleterre et d’Irlande v . Lorsque le gouvernement voulut dissoudre les monastères, il ne rencontra pas en Irlande la même opposition qu’en Angleterre, et les avides chefs de clans n’hésitèrent pas à partager les dépouilles de l’Eglise. Cette mesure eut les plus tristes résultats; elle détruisait tout ce qui restait encore de religion et de culture intellectuelle en Irlande. Les maisons religieuses étaient en effet les seules écoles du pays. Au lieu de former des paroisses ressortissant des évêchés, comme en Angleterre, les églises en Irlande se trouvaient sons la dépendance des abbayes et étaient desservies par les religieux eux-mêmes. Le service divin cessa d’être célébré, après la dissolution des monastères, dans la plus grande partie du pays. Les Frères mendiants qui étaient jusque-là les seuls prédicateurs et qui continuaient leur œuvre d’enseignement et de pastorat, malgré la défense expresse du gouvernement, devinrent nécessairement les adversaires de la domination anglaise.

Le protestantisme en Irlande. — Si les changements ecclésiastiques s’étaient arrêtés là, le mal n’aurait pas été grand. Mais la rupture de l’Angleterre avec le Saint-Siège, la destruction des Ordres monastiques et l’établissement de la suprématie avaient éveillé dans le peuple même un vif désir de réforme doctrinale, et Henri se vit contraint de le satisfaire peu à peu, bien malgré lui. En Irlande, cette soif de changements était inconnue; les habitants de l’ile avaient accepté les mesures législatives votées par le Parlement anglais, sans s’inquiéter de leurs conséquences théologiques et sans souhaiter aucun changement dans les doctrines ou les cérémonies de l’Eglise. Personne n’éleva la voix pour demander l’abolition des pèlerinages, la destruction des images ou la réforme du culte. L’arrivée de l’archevêque lîrowne (1 535), chargé a d’abattre les images et d’étouffer l’idolâtrie » , fut le signal des tentatives plusieurs fois renouvelées par le gouvernement pour imposer une nouvelle foi à un peuple qui restait tout entier profondément attaché à ses vieilles croyances. Les prédicateurs refusèrent obstinément de recevoir le mot d’ordre de l’archevêque qui écrivait à Cromwell : u Depuis que je suis ici, il m’a été impossible ni par bienveillante exhortation, ni par démonstrations évangéliques, ni par des serments solennellement imposés, ni par la menace de sévères chati-

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