G O \ Q L ETES DES DANOIS
incendiés, hommes assassinés, femmes déshonorées on réduites en esclavage, enfants tués à coups de pique ou vendus sur les marchés. De nouveau, les prêtres chrétiens furent tués devant les autels par des adorateurs de Woden, car les Danois étaient encore païens. Comme autrefois, les lettres, les arts, la religion, l’administration disparurent devant les hommes du Nord. Mais, lorsque la tempête fut apaisée, le pays, le peuple, le gouvernement reparurent intacts. L’Angleterre était toujours l’Angleterre; les Danois se confondirent rapidement avec ceux au milieu desquels ils se trouvaient, et Woden s’effaça sans résistance devant le Christ.
Le secret de la différence de ces deux invasions fut que la lutte ne se livrait plus entre deux races différentes; ce n’était plus, comme la première fois, des Bretons combattant des Germains, des Anglais luttant contre des Gallois. Par le sang et par le langage les Danois appartenaient à la même race que ceux qu’ils attaquaient. C’étaient, en réalité, des Anglais, venant rappeler à la nouvelle Angleterre, oublieuse de son origine, la première patrie sauvage de leurs ancêtres pirates. Nulle part en Europe la lutte ne fut aussi terrible, car nulle autre part les combattants ne furent des hommes de même sang et de même langage. Mais ce fut aussi pour cette raison que l’assimilation entre les pirates du Nord et leurs ennemis fut si rapide cl si complète.
Conquêtes des Danois. — Sous Ecgberhtet sous son fils Æthelwulf, les attaques des Danois furent dirigées vers les deux extrémités du royaume des Saxons occidentaux. Ils suivirent la Tamise jusqu’à Londres et Canterbury qu'ils pillèrent, puis ils gagnèrent la frontière du Devon, où ils poussèrent les Gallois à recommencer leur ancienne guerre. Le danger (h' ces premières incursions venait surtout de l’alliance des Danois et des Bretons. Ecgbcrht triompha de ces deux ennemis réunis à Hengestesdun, et son fils Æthelwulf, qui lui succéda en 838, repoussa les Gallois du Nord que les Danois avaient aidés à se soulever.
Malgré des défaites successives des Danois et des Gallois, le danger devenait plus grand chaque année. Le roi Æthelwulf lutta énergiquement pour la défense de son pays ; à la défaite de Channouth, comme à la victoire d’Aclea, il était à la tête de ses troupes qu’il avait conduites au-devant des pirates. Effrayé des périls que ces païens faisaient courir au christianisme, le clergé unit ses efforts à ceux du Boi. L’cvêque de Winchester, Swillmm, devint ministre d’ Æthelwulf, et l’évêque de Shcrborne, Ealhstan, fut un des plus redoutables défenseurs fie la Croix. Ce fut lui qui remporta la première victoire complète sur les Danois, dans une rencontre qui eut lieu à l'embouchure du Parret. Après fies années fie luttes terribles, le royaume put enfin jouir d’un moment de répit. Pendant huit années les Danois abandonnèrent l'ile, et, en 858, Æthelwulf put mourir eu paix.
Mais ces premières tentatives des Danois n’étaient que le prélude du
terrible ouragan qui allait bientôt se déchaîner. Lorsqu’il éclata dans toute sa force, ce ne fut plus, comme autrefois, une suite de pillages, mais l'invasion de la Bretagne par une armée de vainqueurs qui s’y établissaient à mesure qu’ils la conquéraient. En SGG, les Danois débarquèrent dans l’Est-Anglie; et, au printemps suivant, ils traversèrent l’Humber et marchèrent sur York. Gomme toujours, la Northumbrie était affaiblie par des guerres civiles. Deux prétendants s’y disputaient le trône; ils s’unirent dans le danger commun et tombèrent tous deux, dans la même défaite, sous les murs de leur capitale.
La Northumbrie fut soumise aux Danois, et la Mercie ne fut sauvée que grâce à l’aide que lui apporta tout à coup le roi Æthelred, successeur d’ÆthelwuIf. Æthelred, le troisième fils d’Æthelwulf, était monté sur le trône après les courts règnes de ses frères Æthelbald et Æthelhert. La paix de Nottingliam, qu’Ætlielred conclut en GG8, sauva la Mercie et permit aux Danois de combiner une invasion de l’Est-Anglie. Le lloi de cette province, Edmond, fut fait prisonnier. Amené en présence des chefs danois, il lu t attaché a un arbre et percé de flèches. Ainsi martyrisé par les païens, il devint le saint Sébastien de la légende anglaise; son image fut conservée sur les vitraux des églises de la côte orientale, et la riche abbaye de Saint- Edmondsbury s’éleva sur ses reliques.
Avec Edmond s’éteignit la ligne des vice-rois d’Est-Anglie, car ce royaume fut non-seulement conquis, mais divisé entre les soldats de l’armée danoise ; et leur chef, Guthrum, s’empara de la couronne. Les pirates du Nord se dirigèrent ensuite vers les grandes abbayes du Feu, qui leur offraient une proie plus riche encore. Peterborough, Crouland, Ely furent incendiés, les moines s’enfuirent ou furent tués parmi les ruines. La Mercie, qui pourtant avait échappé jusque-là à la conquête, s’inclina avec terreur devant les Danois, reconnut leur autorité en 870, et leur paj a un tribut.
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Les Danois et le Wessex. — En cinq années, l’œuvre d’Ecgberth avait été détruite et toute l’Angleterre au nord de la Tamise soustraite à la domi- . nation du Wessex. La situation politique de la Northumbrie, delà Mercie, de l’Est-Anglie pouvait seule expliquer la rapidité de la conquête de ces royaumes. Pour eux, il ne s’agissait que d’un simple changement de maîtres, et il semble qu’ils aient préféré la suprématie des Danois à celle des Saxons du Wessex. C’était un nouvel indice de l’immense difficulté qui s’opposait à l’union de ces différents royaumes en une seule nation. Le moment était venu pour le W essex de lutter, non plus pour la suprématie, mais pour l’existence même. Jusqu’alors, ce royaume semblait paralysé par la terreur. A l’exception de sa marche sur Nottingliam, le roi Æthelred n’avait rien tenté pour sauver les provinces qui lui étaient soumises. Mais les Danois n’eurent pas plutôt pénétré par la Tamise jusqu’à Reading, que