LE WESSEX ET LES DANOIS
Alfred (871-901). — Après la paix de Wedmore, en 878, Alfred entreprit une œuvre plus importante encore que la délivrance du Wcssex. a Aussi a longtemps que j’ai vécu, écrivait Allred dans ses derniers jours, j’ai tâché a de vivre dignement. 75 II voulait, lorsque la mort l’aurait repris, « que u le souvenir de ses bonnes actions restât dans la mémoire des hommes à « venir » . Son désir fut exaucé mieux encore qu’il ne l’avait espéré. La vie et les bienfaits du plus grand des rois anglais sont encore connus (h* tous à travers les légendes qui enveloppent toujours les personnages illustres.
Cependant, au point de vue politique ou intellectuel, la sphère d’action d’Alfred était trop limitée pour qu’on puisse le comparer aux hommes de génie à qui l’histoire assigne le premier rang dans son Panthéon. Ce qui l’élève jusqu’à eux, c’est la grandeur morale de sa vie. 11 ne pensa jamais qu’au bien de son peuple. Il est, dans l’histoire des temps modernes, le premier roi chrétien vraiment digne de ce nom. Aussi longtemps qu’il vécut, il voulut a vivre dignement ; cela signifiait, pour lui, vivre dans la justice, la tempérance, le dévouement. Il dévoila bien son véritable caractère au moment de la paix de Wedmore. Ardent guerrier comme il l’était, et avec l’Angleterre désorganisée qui s’offrait à lui, il fit taire ses rêves de gloire à trente et un ans, afin de laisser, non le souvenir de ses victoires, mais celui de ses bienfaits, du travail journalier par lequel il assurait à son peuple la paix et un gouvernement fort et solide. Sa politique fut toute pacifique, et il renonça à faire reconnaître la suprématie des Saxons occidentaux. Alfred 11’eut aucune relation avec les parties de l’Angleterre situées au delà de la voie romaine de Watling, qui s’étendait de Chester à Londres, c’est-à-dire avec la Xorthumbrie, l’Est-Anglie et la vaste Merciè.
Il ne régna que sur son royaume du Wesscx avec Londres et ses environs, et avec les districts situes au nord de la Tamise que le roi mercien Wulfbere avait jadis enlevés au Wesscx, mais que la paix de Wedmore lui avait rendus. Ces districts seuls portaient encore le nom de Alercie, le reste du royaume mercien étant devenu les Five boroughs des Danois. Alfred mita leur tète le mari de sa fille Æthelfled, V éalderman Æthelred, bien connu pour son courage et son activité, et capable de protéger le Wesscx contre les invasions du Nord. 11 se garantit contre les attaques par mer eu alliant étroitement le Wessex et les royaumes dépendants, le Kent et le Sussex. Il apporta aussi quelques améliorations dans l’organisation du service militaire et créa une flotte.
Gouvernement d’Alfred. — Lorsqu’il eut ainsi mis son royaume en état de se défendre, Alfred ne s’occupa plus que de le bien gouverner, et le mode de gouvernement qu’il employa fut à la fois simple et pratique. Il ne possédait pas les qualités imaginatives qui sont le propre des plus grands hommes d’Etat: 011 ne retrouve guère dans ses actes le signe de
C A K A C T E R E D ' A LFKED.
puissantes facultés créatrices ou la conception d’idées nouvelles. En politique comme à la guerre, ou plus tard, dans ses essais littéraires, il prenait ce qui se trouvait à sa portée, mais il savait en tirer le meilleur parti possible. Par ses soins, les lois d’ini et d’Offa furent corrigées et réunies en code, la justice fut mieux administrée, les punitions corporelles furent substituées dans plusieurs cas à l’ancien prix du sang, et le droit de vengeance privée fut aboli. L’influence de la morale élevée d’Alfred se fit puissamment sentir dans tout ce que sa législation apporta de nouveau. 11 donna comme préface à son code le Décalogue et un fragment de la loi de Moïse, qui furent ainsi intimement liés aux lois nationales Le travail du dimanche et des jours de fête fut considéré comme criminel; le sacrilège, le parjure, la séduction des nonnes furent sévèrement punis.
Alfred dut, en partie, les succès de sa nouvelle administration à la manière dont il sut choisir ses auxiliaires; il avait le talent d’apprécier la valeur des hommes. On racontait que Denewulf, l’évêque de Winchester, était un pauvre gardeur de pourceaux dans la forêt, lorsque Alfred le rencontra et fut frappé de la vivacité de son intelligence; il l’emmena avec lui et le fit élever à la cour. Ce n’est là qu’une légende, mais c’est une preuve de la réputation qu’avait le Roi parmi son peuple, desavoir tout de suite reconnaître le mérite où il se trouvait. Le fait est qu’il n’eût pu avoir d’auxiliaires plus courageux et plus énergiques (pie ceux qui secondèrent ses efforts dans les diverses parties de son gouvernement. Ses deux enfants, qu’il éleva lui-même, Edouard et Æthelfled, devinrent les plus habiles législateurs de leur époque. Mais le véritable secret du bon gouvernement d’Alfred fut dans l’énergie extraordinaire qu’il déploya sans cesse.
Caractère d’Alfred. — L’esprit d’aventure, l’audace insouciante qui avaient fait de lui dans sa jeunesse le premier chasseur du temps, se transformèrent plus tard en une autorité extraordinaire. A côté des soins du gouvernement et des devoirs pieux qu’il accomplissait chaque jour, il trouvait encore du temps pour des entretiens avec des étrangers, des études, des traductions; il apprenait des poèmes par cœur, il dessinait des plans de bâtiments, montrait à des ouvriers à ciseler l’or, enseignait leur métier aux fauconniers, aux valets de chiens eux-mêmes. Toujours occupé comme il l’était, son activité était celle d’un esprit essentiellement pratique. 11 était par-dessus tout un homme d’affaires, attentif aux détails, laborieux et méthodique. 11 portait toujours sur lui des tablettes sur lesquelles il inscrivait les choses qui l’avaient frappé : tantôt un fragment de généalogie, tantôt une prière, tantôt une histoire, comme celle de l’évêque Eldhelm chantant des chants sacrés sur un pont. Chaque heure de la journée du Roi avait son emploi particulier; le même ordre présidait à la répartition de son revenu et à l’organisation de sa cour.
Tout actif et occupé qu’il était, son cœur resta toujours simple et bon.