‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 29 sur 255 · LE \\ ESSEX ET LES DANOIS · texte numérisé non relu

LE \\ ESSEX ET LES DANOIS

I îcsque toutes les anecdotes que nous possédons sur sa vie ne sont que de simples légendes, mais son caractère était si connu que les légendes elles-mêmes ne pouvaient le dépeindre autre qu’il n’était. On raconte qu’au temps où il occupait Athelney, lorsque les Danois ravageaient le pays, il entra un jour dans la hutte d’un paysan; la femme était en train de faire d( s gâteaux, et, ne le reconnaissant pas, lui ordonna d’en surveiller la cuisson. Il y consentit, mais des pensées étant venues le troubler, il oublia sa tâche et dut subir, à son grand amusement, les reproches de la brave' femme, quand, à son retour, elle trouva ses gâteaux brûlés. Cette anecdote, qui n’est peut-être qu’un conte, n’eût jamais été faite sur un homme dépourvu d’humour.

La tradition ne parie xj ne de la gaieté, de la bonté d’Alfred, de son insouciance, et surtout de sa prédilection pour les chansons. Dans ses jours les plus occupés, il trouvait Je temps d’apprendre par cœur Jes vieux chants de son pays; il ordonna qu’ils fussent enseignés dans l’École du Palais. Il étudia les légendes de la mythologie païenne, les traduisit et les répandit; dans ses moments de tristesse, il cherchait des consolations dans le chant des Psaumes.

Alfred et la littérature. — Cependant, ni les guerres d’Alfred ni sa législation ne devaient laisser de traces aussi durables en Angleterre que l’impulsion qu’il donna à la littérature. Même en cela, son point de vue fut plus pratique que littéraire. Son but unique était de faire l’éducation de son peuple. A cette époque, le Wessex était celui de tous les royaumes anglais où l’ignorance était la plus grande. « Quand je commençai à « régner, disait Alfred, je ne me rappelle pas qu’il y eût un seul homme, a au sud de la Tamise, capable de comprendre son livre de prières en « anglais. « A la suite de I invasion danoise, il ne restait même dans les villes les plus cultivées de la Mercie et de la Northumbrie que bien peu de survivants de l’école d’Ecgbcrht ou de Bæda. Pour combattre cette ignorance, Alfred désirait au moins que chaque jeune garçon né libre et qui en avait le moyen s’attachât à son livre jusqu’à ce qu’il comprît parfaitement l’anglais. Il présidait lui-même l’école qu’il avait fondée pour les jeunes nobles de sa cour. II ne trouva dans son pays, pour l’aider dans sa tâche éducatrice, que quelques prélats merciens et un évêque gallois, Asser. a Jadis, écrivait le Koi, non sans amertume, on venait des pays étrangers « chercher l’instruction auprès de nous, et maintenant nous devons nousa mêmes la demander aux autres. «

Son esprit ne se confinait pas, cependant, à ce qu’il voyait dans son île. Il envoya un capitaine de navire norvégien explorer la mer Noire et chargea Wulstan de reconnaître les côtes de l’Esthonie. Des émissaires portèrent ses présents aux églises de l’Inde et de Jérusalem, et chaque année une mission allait, de sa part, remettre au Pape le denier de Saint-Pierre.

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