‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 30 sur 255 · LES TRADUCTIONS D’ALFRED · texte numérisé non relu

LES TRADUCTIONS D’ALFRED

Ce fut avec les pays francs qu’il eut les rapports les plus étroits, et ce fut là qu’il trouva les savants qui devaient l’aider dans l’éducation de son peuple'. Un savant de Saint-Omer, Grimbald, fut mis à la tête de la nouvelle abbaye de Winchester, et un vieux Saxon, Jean, fut envoyé de l’abbaye de Corvei pour diriger le monastère et l’école qu’ Alfred avait élevés dans les marais d’Athelney en reconnaissance de la délivrance de l’invasion danoise.

Les traductions d’Alfred. — Le Roi d’ailleurs fut, encore plus que les savants qui l’entouraient, le promoteur de la renaissance littéraire. 11 résolut de communiquer au peuple, en sa propre langue, les connaissances que le clergé seul avait possédées jusqu’alors. U prit les livres tels qu’il les trouva (c’étaient les manuels populaires de l’époque), la Consolation àc Boèce, le Pastoral du pape Grégoire, la compilation d’Orose, qui était alors le seul livre d’histoire universelle accessible, et enfin l’histoire de son propre peuple, par Bæda. Il les traduisit en anglais; mais il ne se contenta pas d’être traducteur, il se lit encore interprète pour son peuple. Tantôt il supprimait, tantôt il expliquait. Il enrichit Orose d’une carte des nouvelles découvertes géographiques faites au nord. Il mit des fragments de Bæda à la portée des Saxons occidentaux. Il lui arrivait d’intercaler dans le texte une explication de sa théorie gouvernementale ; il exprimait son désir de voir la population augmenter; il développait son rêve d'établir un juste rapport d’influence entre le prêtre, le sold it et le cultivateur pour le bien général de la nation. La mention du nom de Néron l’amenait à une dissertation sur l’abus du pouvoir. Il substituait aux froides expressions de Boèce, parlant de la Providence, des élans d’enthousiasme pour la honté de Dieu. Son grand cœur se répandait dans ses écrits, et, oublieux de sa majesté royale, il s’adressait aux hommes comme à des frères. « Ne me blâmez pas, si je connais le latin moins que d’autres, u disait-il avec une simplicité charmante, mais chaque homme doit dire ce « qu’il a à dire et faire ce qu’il a à faire aussi bien qu'il le peut. >7

En dépit du but modeste qu’il s’était proposé, Alfred créa la littérature anglaise. Avant lui, l’Angleterre ne possédait d’autres poèmes, en sa propre langue, que celui de Cædmon et quelques ballades et ( liants de guerre. Elle n’avait pas de prose. Ce furent les traductions d’Alfred et surtout la chronique de son règne qui commencèrent à remplir les bibliothèques, il semble aussi qu’en faisant connaître Bæda, le Roi ait donné l’impulsion à la compilation connue sous le nom de « Chronique anglaise » ou anglo-saxonne, qui reçut alors sa forme définitive. La maigre liste des rois du Wessex et des évêques de Winchester qui existait depuis une époque reculée avait été grossièrement convertie en histoire nationale par l'insertion de fragments de Bæda. Mais ce ne fut que sous le règne d’Alfred que la Chronique s’élargit et devint un récit vigoureux, plein de vie et

LE WKSSEX ET LES DANOIS (KOC-880).

d'originalité, - attestant la puissance nouvelle de la langue anglaise. Cette Chronique, dont la valeur historique devait diminuer avec les siècles, reste la première histoire nationale d'un peuple germanique, le plus ancien et le plus vénérable monument de la prose germanique.

On ne nous reprochera certainement pas d’avoir parlé trop longuement du i*oi dont la cour, les œuvres et même le langage sont le véritable point de départ de l’histoire d’Angleterre.

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