‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 32 sur 255 · LE ROYAUME DES SAXO IV S OCCIDENTAUX · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DES SAXO IV S OCCIDENTAUX

probablement dans le manoir de son père que cet enfant gracieux et chétif, aux cheveux fins et peu abondants, contracta sa prédilection pour les animaux, son amour pour les « chants décevants de l’ancien paganisme, les* légendes badines, les lamentations funèbres » , tout ce qui, plus tard, contribua a le faire passer pour sorcier. Là aussi lui vint sa grande passion pour la musique et l’habitude qu’il conserva d’avoir toujours sa harpe à la main pendant ses voyages ou ses visites.

Les savants errants de l’Irlande avaient apporté des livres au monastère de Glastonbury, comme ils en avaient apporté sur les bords du Danube ou du Itliin. Dunstan se plongea dans l’étude des lettres sacrées et profanes avec une ardeur telle qu’il en contracta une fièvre cérébrale. Il devint fameux pour sa science dans le voisinage, et sa réputation se répandit même jusqu’à la cour d’Ætlielstan, où son arrivée lui attira le mauvais vouloir des courtisans, dont plusieurs cependant devaient être ses parents. Ils le chassèrent, un jour, de la suite du Roi, le jetèrent à bas de son cheval comme il traversait les marais, et animés de la violence habituelle aux hommes de cette époque barbare, ils le foulèrent aux pieds dans la vase. Dunstan tomba malade à la suite de ces mauvais traitements, et il ne se releva de son lit de maladie que pour se faire moine. Mais sa dévotion ne prit pas un caractère ascétique; sa nature était gaie, prime-sautière, artistique; il était capable d’éprouver et d’inspirer de fortes affections. Il avait l’esprit vif, la mémoire fidèle, le langage abondant, facile, jovial; adroit, ingénieux, artiste et musicien, il était en même temps un travailleur infatigable, toujours occupé à lire, à construire, à agir. Sa profession monastique semble n’avoir été qu’un vœu de célibat. Son caractère viril lui attira l’affection des femmes; il devint le chapelain et le conseiller d’une dame de haut rang, dont la vie se passait à accomplir des œuvres de charité et à secourir les pèlerins. « Il s’attacha à elle et l’aima toujours d'une affection profonde. » IL pouvait disposer à son gré des biens de son admiratrice. Peu à peu sa sphère s’élargit : nous le voyons suivi d’une troupe d’élèves se pressant autour de lui pour apprendre la littérature, l’écriture, la harpe, la peinture, le dessin. Un matin une dame le manda dans sa maison pour lui tracer le dessin d’une robe qu’elle brodait. Comme il était incliné sur l’ouvrage entouré par des servantes, sa harpe qu’il avait suspendue au mur se mit à rendre d’elle-même des sons joyeux qui charmèrent les oreilles de ceux qui les entendirent.

A la mort de sa protectrice, la vie de Dunstan cessa d’être entièrement vouée à l’étude et à l’enseignement. Lorsque Edmond monta sur le trône, il se vit soudain appelé à une plus vaste sphère d’activité. Mais sa rentrée à la cour réveilla les anciennes jalousies; et croyant la partie perdue, Dunstan se disposait à se retirer de nouveau. Le Roi était un jour à la chasse : le daim qu’il poursuivait vint se briser contre les rochers des falaises de Cheddar, et son cheval le jeta sut* le bord du précipice. Sur le

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point de mourir, Edmond se repentit de son injustice envers Dunstan. Il fut sauvé, et au retour, il le lit venir, a Selle ton cheval, lui dit-il, et viens avec moi. Le cortège royal atteignit sa demeure après avoir traversé les marais, et le Roi, lui donnant le baiser de paix, le fit abbé de Glastonbury et le prit pour conseiller.

Administration de Dunstan. — L’intervention du nouveau ministre ne tarda pas à se faire sentir, principalement au nord. 11 opposa les Scots aux Danois et s’assura l’alliance de leur roi en l’investissant du fief de Cumberland. La Nortliumbrie tomba entre les mains d’Edmond, et, à sa mort, se soumit sans difficultés à son frère Edred. Deux ans plus tard, une révolte permit à Dunstan de déposer de son siège et de mettre en prison l’archevêque d’York, Wulfstan, L’àine de la résistance danoise ; il fit du royaume de Nortliumbrie un comté à la tète duquel il plaça Osivulf. Il se hâta de terminer son œuvre lorsque Edgar monta sur le trône. Le grand comté fut divisé en trois parties : Oswulf conserva la partie centrale entre la Tccs et la Tweed, qui garda le nom primitif de tout le royaume; l’ Ancienne I)e ira devint entre les mains du comte Oslac le comté d’York actuel ; le roi des Scots, Kenneth, que l’on avait déjà investi du Cumberland, fut de nouveau rattaché à l’Angleterre par le don de la Nortliumbrie septentrionale' qui s’étendait entre le Fortli et la Tweed . Les résultats de cette donation furent plus importants pour l’Ecosse que pour l’Angleterre. Lothian devint la résidence royale de scs nouveaux possesseurs, et Edimbourg leur capitale. Les rois scots subirent l’influence de leurs sujets anglais et abandonnèrent pour la langue anglaise leur vieil idiome gaélique. Dunstan déploya aussi dans l’organisation du Nord la largeur de vues et l’intelligence d’homme d’État qui signalèrent son administration du royaume entier. Il adopta, dès le commencement, une politique nationale et n'eut pas seulement en vue les intérêts du Wessex. Le reproche qu’on lui adressa plus tard de favoriser les Danois et de trop aimer les étrangers est la meilleure preuve du caractère peu exclusif de son gouvernement. Il eut soin, dans le code qu’il promulgua, de conserver au Nord ses anciennes institutions danoises, cc avec les meilleures lois qu’ils pussent choisir « . Le w essex montra son mécontentement lors de la révolution qui suivit la mort d’Edred. Son successeur Edwig avait contracté un mariage contraire aux lois de l’Eglise; il ajouta à l’irritation du clergé, en se retirant dans la chambre de la Reine pendant la fête du couronnement. Dunstan, délégué par les évêques et par les nobles, l’amena de force dans la salle. Dans sa colère, le jeune roi chassa le ministre et le força à se réfugier à l’étranger. Son système politique tomba avec lui. Le royaume ne tarda pas à être déchiré, la Mercie et la Nortliumbrie rejetèrent l’autorité du Wessex, et choisirent pour roi Edgar, le frère d’Edwig.

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