DÉCADENCE DE LA R O Y A U T É
La nouvelle constitution. — La loi d’Edgar» , ainsi qu’on l’appela, ou plutôt la constitution anglaise telle qu’elle sortit des mains de son ministre, fut consultée et suivie pendant bien longtemps. La paix et les années avaient considérablement modifié le vieil ordre de choses qui avait suivi la conquête anglaise. Devant les efforts de l’Eglise l’esclavage avait peu à peu disparu. Théodore avait refusé la sépulture eu terre sainte aux voleurs d’enfants et interdit aux parents de vendre leurs enfants au-dessus de Page de sept ans. Ecgbcrlit d’York punissait d’excommunication tout trafic d’enfants ou d’esclaves anglais. Le meurtre d’un esclave par son seigneur ou sa maîtresse n’était pas regardé par l’Etat comme un crime, mais devenait un péché dont il fallait répondre devant l’Eglise.
L’esclave était exempt de travail les dimanches et jours de fête. Dans certains endroits, il était attaché à la terre et ne devait être vendu qu’avec elle; quelquefois il arrivait à acquérir un morceau de terrain et pouvait alors acheter sa liberté. Æthelstan donna aux esclaves une nouvelle place dans le royaume en étendant jusqu’à eux les principes de responsabilité mutuelle en cas de crimes, qui réglèrent la classe des hommes libres. Pour l’Eglise, ces progrès n’étaient pas encore suffisants : Wilfrith entreprit l’œuvre d’émancipation et libéra deux cent cinquante serfs qui étaient attachés à son domaine de Selsey. L’affranchissement par testament devint fréquent lorsque le clergé y eut montré un moyen de sauver son âme après la mort. Au synode de Chelsea,les évêques prêtèrent serment délibérer, à leur mort, tous les serfs de leur domaine qui avaient été réduits eu esclavage par le crime ou pour cause de pauvreté. Généralement l’esclave était déclaré libre devant l’autel ou sous le porche de l’Eglise, et la date de son émancipation était inscrite sur les marges de l’évangile. Parfois, son maître le menait à un carrefour où quatre routes se croisaient, et lui ordonnait d’aller où il voudrait. Mais la chose se faisait aussi d’une manière plus solennelle : Je maître prenait l’esclave par la main en pleine assemblée, lui montrait la porte et laroute,et lui remettait la lance et l’épce des hommes libres. La traite des esclaves était défendue par la loi dans les ports anglais, mais la défense fut longtemps sans effet. Une centaine d’années après Duns tan, on attribuait encore la richesse des nobles anglais à la vente des esclaves qu’ils élevaient pour le marché. L’influence des prédications de Wulfstan et de Lanfranc n’opéra que lentement, et ce ne fut que sous le règne du premier roi normand que la traite des esclaves disparut de son dernier refuge, le port de Bristol.
Décadence de la royauté. — La décroissance de l’esclavage fut plus que compensée par la dégradation dans laquelle le peuple tomba peu à peu. La dignité du fermier libre était née en grande partie du contraste qui existait entre* sa position et celle de l’esclave : libre parmi ses égaux, il était seigneur parmi ses serfs. Celui qui avait ainsi été libre devint
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