‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 35 sur 255 · L E ROYAUME DES S A \ O Y S OCCIDENTAUX '89 S · texte numérisé non relu

L E ROYAUME DES S A \ O Y S OCCIDENTAUX '89 S

paysan; lui qui n’avait connu d’autre maître que Dieu et la loi, était maintenant attaché au service d’un seigneur.

Cet anéantissement de l’ancienne liberté anglaise fut le résultat, au temps de Dunstan, du changement qui s’opéra dans la royauté anglaise. L’union des royaumes anglais, en étendant le pouvoir du Koi, l’avait placé bien au-dessus de ses sujets, auxquels il n’apparaissait que revêtu d’une dignité et d’un prestige mystérieux. La religion avait porté un grand coup à l’indépendance politique. Le Roi, devenu chrétien, était regardé comme V « oint du Seigneur » , et la trahison envers lui était punie de mort. L’évêque lui-même, jadis son égal, était descendu au rang de l’calderman . L’ealderman, qui avait été, jusqu’au règne d’Alfred, le chef héréditaire d’un petit Etat, ne fut plus, à partir de ce moment, que le délégué du Roi; son autorité fut encore diminuée par celle des officiers royaux chargés de lever les impôts et d’administrer la justice.

L’ancienne noblesse du sang s’évanouit devant la nouvelle noblesse de la cour. Depuis les temps les plus reculés de l’histoire germanique, chaque chef ou roi avait sa bande de guerriers ou compagnons liés a lui par leur propre volonté, après avoir juré de lutter pour lui jusqu’à la mort et de défendre sa cause comme la leur. Quand Cynewulf de Wesscx fut tué lâchement à Merton, ses compagnons a coururent tous au lieu où il était, chacun à mesure qu’il était prêt et aussi vite qu’il le pouvait n , et dédaignant la vie qu’on leur offrait, ils tombèrent en luttant sur le corps de leur seigneur. La fidélité des guerriers était récompensée par des dons de terres prises sur le domaine royal; le Roi devenait leur seigneur ou « hlaford », le « dispensateur des biens » ; le guerrier était son serviteur ou thegn » . Le service d’un tel maître était regardé, non comme dégradant, mais comme ennoblissant; les « tliegns « de la table, de l’écurie ou du jardin, devenaient de grands officiers d’Etat. L’ancienne noblesse était peu à peu supplantée par la nouvelle; le « thegn » prenait plus d’importance en même temps que le Roi; il accaparait tous les postes d’honneur et devenait alderrnan, officier, évêque, juge; les anciennes terres vagues de la marche devenaient propriété de l’Etat entre les mains du Roi et étaient divisées en domaines pour ses vassaux.

A mesure que le thegn augmentait en importance,, la liberté du paysan diminuait. Le principe de l’obéissance personnelle, qui était celui de la nouvelle noblesse, s’élargit et donna naissance à un système de dépendance générale. Sous le règne d’Alfred déjà, tout homme était supposé obéir à un maître. Les ravages des Danois et les dangers de la guerre poussèrent les fermiers libres à rechercher la protection des » tliegns ou nobles » . La terre qu’ils possédaient librement leur fut désormais concédée comme un fief par les seigneurs auxquels ils devaient service et obéissance. Peu à peu, l’« homme sans maître « fut considéré dans le royaume comme hors la loi. Le paysan libre devint le vilain,

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et, avec sa liberté, il vit disparaître sa part d’influence dans le gouvernement.

Jadis chaque homme siégeait comme législateur dans les assemblées de son village, de son comté ou du royaume. Partout des discussions préliminaires avaient lieu entre les nobles, mais la décision était prise par tous les hommes qui manifestaient leur désapprobation ou leur approbation par le cliquetis de leurs armes, par leur « oui » ou leur « non « . L’union des différents royaumes semblait devoir étendre encore la puissance de l’homme libre, car il était, par droit, membre de la « grande assemblée » aussi bien que des petites, et c’était cette « assemblée des sages « qui gouvernait le royaume. C’était elle qui choisissait ou déposait le Roi. La haute justice, l’imposition des taxes, les lois, la conclusion des traités, la direction de la guerre, la disposition des terres publiques, les appointements des grands officiers de l’Etat étaient du ressort de ce u Witenagemot » . Mais peu à peu l’homme libre s’en vit éloigné : il devint étranger au gouvernement à mesure que le royaume grandit. Son influence dans l’assemblée du comté, qui était nécessairement moindre que dans l’assemblée de son village, ne tarda pas à être nulle dans les grandes délibérations du royaume. Aucun délégué n’y était même envoyé : l’homme libre y paraissait en personne ou pas du tout. La seule chose qui survécut encore quelque temps, dernier vestige du caractère populaire de l’ancien gouvernement anglais, fut le groupe de citoyens qui se réunissaient à Londres ou à Winchester autour des sages, au moment de l’élection d’un roi, pour manifester leur opinion, et crier leur « oui » ou leur « non » .

Le conseil national devint une assemblée des grands dignitaires de l’Église ou de l’État et des nobles royaux, et la vieille démocratie anglaise fut supplantée par l’oligarchie la plus complète.

Chute du royaume des Saxons occidentaux. — Édouard le martyr (975-977). — Cette décadence de la classe qui avait fait sa véritable force amena peu à peu la ruine du royaume des Saxons occidentaux. La réaction contre le système de Dunstan fut accrue par la sévérité qu’il déploya contre le clergé marié et par les confiscations qu’il fut amené à pratiquer. 11 sut, par son énei’gie, tenir en bride, pour un temps, les mécontents; armé de sa crosse, il apaisa les disputes qui s’élevèrent à la mort d’Edgar pour le choix de son successeur, en couronnant son fils Edouard. 11 tint tête victorieusement à ses ennemis dans trois assemblées des sages. A celle de Calne le plancher de la salle s’effondra, et Dunstan et ses amis seuls n’eurent aucun mal. Mais un miracle même ne pouvait suffire à changer le cours des événements. L’assassinat d’Edouard fut suivi du triomphe des Saxons occidentaux, et les « thegns « du sud acclamèrent avec joie son frère Æthclred lorsqu’il fut couronné.

Dunstan alla mourir à Canterbury, et avec lui tomba le royaume que I. 5

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