LE ROYAL ME DES SAXONS OCCIDENTAUX
son génie avait artificiellement élevé si haut. L’égoïsme provincial du Wessex anéantissait tout espoir d’unité nationale.
Æthelred l’indécis (978-1016). — Dès qu’Ælhelred fut monté sur le trône, les Danois reprirent les hostilités, tandis que le nord refusait de se mêler à la lutte. A T intérieur, le nouveau roi était en guerre avec son clergé et avec la Alercie; il ravagea le d iocèse deRocliester et bannit Ælfric, le gouverneur de la Alercie. Il semble que les comtes merciens, qui étaient méprisés et regardés comme des' traîtres par les Saxons occidentaux et par leur roi, aient voulu rétablir l’ancien équilibre politique, et peut-être aussi reprendre leur vieille indépendance que le Wessex leur avait retirée. Affaibli par les attaques incessantes des Danois et devant leur coalition avec le clergé dont le chef, l’archevêque Sigcric, voulait continuer la politique de Dunstan, Æthelred fut forcé d’acheter une trêve et de laisser les envahisseurs s’installer en paix dans son pays. Une nouvelle tentative pour les expulser jeta Ælfric de leur côté, et le royaume d’Ælhclred ne comprit plus que le Kent et le Wessex (997-1002). Ces provinces eurent à subir pendant cinq années toute la fureur de l’attaque des Danois; il fallut de nouveau acheter la paix, à un prix énorme et à la condition de donner argent et nourriture aux Danois qui voudraient s’établir dans le Wessex. Alais cette paix cachait une odieuse trahison. D’après des ordres secrets du Roi, les Saxons occidentaux se soulevèrent en masse le jour de la Saint- Brice et massacrèrent sans pitié les Danois dispersés sans défense parmi eux (1002). La tour de Saint-Frideswide, où les Danois d’Oxford s’étaient réfugiés, fut brûlée avec tous ceux qu’elle contenait. Gunhild, la sœur du roi Suénon, qui était convertie au christianisme et qui avait été livrée en otage, vit son mari et ses enfants massacrés sous ses yeux avant de tomber ellemême, en appelant la vengeance sur ses meurtriers. Lorsque Suénon apprit ce qui s’était passé, il jura d’arracher l’Angleterre à Æthelred. Pendant quatre années il ravagea le Wessex, a allumant les feux de la guerre » dans les hameaux et les villes (1003-1007). Puis,„pour une forte somme d’argent, il se retira afin de se préparer à une dernière et plus terrible attaque. Alais il ne devait pas y avoir de repos pour le royaume. Les farouches jarls norvégiens remplacèrent le Roi, et la guerre régna depuis le Wessex jusqu’à la Alercie et à l’Est-Anglie. Canterbury fut pris et mis à sac; l’archevêque Ælfheah fut emmené à Greenwich, et là, comme il ne pouvait payer de rançon, on le tua brutalement. Les Danois le placèrent au milieu de leur assemblée et se mirent à lui lancer des os de bœuf, jusqu’à ce que l’un d’eux, saisi de pitié, lui fendit le crâne avec sa hache (1011).
Ce n’était pas tant l’incapacité d’Æthelred que P abstention des provinces situées au nord de la Tamise, qui avait rendu impossible la lutte contre les Danois; aussi lorsque l’Angleterre septentrionale passa de la neutralité à l’action, la lutte fut terminée en un instant. La Nortliumbrie et la Alercie
ÆTHELRED L’INDÉCIS (978-1016).
se jetèrent enfin avec Suénon sur le Wessex. La guerre fut terrible, mais courte. Partout la campagne fut impitoyablement saccagée, les églises pillées, les hommes tués. Mais, a l'exception de Londres, aucune ville ne tenta de résister. Oxford et Winchester ouvrirent leurs portes. Les nobles du Wessex se soumirent à Bath. Londres même dut céder à la fin, et Æthelred s'enfuit par mer pour chercher un asile en Normandie.
La fuite du Roi termina la longue lutte du Wessex pour imposer sa suprématie à la Bretagne. Le but que'n'avaient pu atteindre Eadwine et Offa malgré leur énergie avait aussi été au-dessus des forces d'Edouard et de l'intelligence politique de Dunstan. Le Wessex, la Mercie et la Nortliumbrie demeuraient distincts, et aucune force ne semblait capable de les réunir jamais.