‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 38 sur 255 · LES ROIS D AA- OIS · texte numérisé non relu

LES ROIS D AA- OIS

veau à l’appel des Danois. La suprématie avait passé alternativement d’un royaume à l’autre, du sud au nord et du nord au sud. Mais, quelque titre que prissent les rois, et quelque imposant que fût à certain moment leur pouvoir, le Northumbrien restait séparé du Saxon de l’Ouest, l’Anglais du Danois. Il y avait entre eux une sorte de lien de sympathie nationale, mais ce n’était pas encore une véritable unité nationale.

Entre la fuite d’Æthelred d’Angleterre en Normandie et celle de Jean fie Normandie en Angleterre, durant cette période de deux cents ans, l’histoire anglaise est l’histoire de la domination étrangère. Aux rois venant du Danemark succédèrent des rois venant de Normandie, et ceux-ci furent remplacés par des princes d’Anjou. Sous les Danois, les Normands ou les Angevins, la condition des Anglais fut celle d’une race soumise, conquise et gouvernée par des étrangers; et pourtant c’est pendant ces années d’esclavage que l’Angleterre devint l’Angleterre que nous connaissons. On vit, sous l’oppression étrangère, les diversités provinciales s’effacer pour faire place à l’unité nationale. Cette même oppression redressa aussi des abus qui menaçaient la société alors en formation. Les libres cultivateurs avaient été réduits, à la fin de l’àge précédent, en fermiers dépendants du seigneur féodal. Les barons de la conquête, en supplantant les seigneurs, réduisirent ceux-ci à une situation semblable a celle des anciens churls; ainsi se trouva formée la classe moyenne, bientôt renforcée par la formation dans les villes d’une classe analogue. Les rois encouragèrent le commerce et l’industrie, et Ton vit grandir alors l’importance politique du commerçant. Les bourgs d’Angleterre, qui au commencement de cette période n’étaient que des villages, furent bientôt assez riches pour acheter de la couronne leur liberté. Dans les chartes qui règlent l’organisation des conseils des villes, on voit rendre au peuple leurs droits de libre gouvernement et de délibération commune, droits qui, à la fin de la dynastie anglaise, avaient été supprimés au profit des nobles, et qui, après la conquête, avaient été enlevés aux nobles par la royauté.

Ce développement politique fut suivi d’un véritable réveil moral. Tous les diocèses et les abbayes étant occupés par des étrangers qui parlaient à leur troupeau une langue inconnue, la religion devint plus personnelle en passant du prêtre au peuple, et les liermites et les moines portèrent la vie spirituelle jusque dans le cœur de la nation. L’origine étrangère des rois amena des rapports fréquents et un commerce intellectuel et artistique avec le continent. Le peuple se réveilla de son sommeil, l’art et la littérature fleurirent, et l’Angleterre se couvrit d’édifices somptueux et de grandes écoles.

Tous ces progrès furent favorisés par la paix durable que l’Angletcrre dut au ferme gouvernement de ses rois, a l’habileté politique avec laquelle toute l’administration fut réglée et aux réformes qu’ils introduisirent dans la législation. En un mot, c’est à la forte discipline qui a régné pendant

ces deux cents ans que nous devons non-seulement la fortune et la liberté de l’Angleterre, mais l’Angleterre elle-même.

Les rois danois. — Les premiers maîtres étrangers de l’Angleterre furent les Danois. Pendant longtemps les contrées Scandinaves n’avaient été que le point de départ de bandes de pirates qui venaient ravager l’Angleterre et l’Irlande. Maintenant elles commençaient à s’organiser. Le but de Suénon était de les unir et de former un grand empire Scandinave dont l’Angleterre serait la tête. Ce projet, interrompu par sa mort, fut repris avec vigueur par son fils Canut. La crainte du Danois était encore grande en Angleterre, et Canut n’y eut pas plutôt abordé que tous les notables (mise men) du Wessex, de la Mercie et du Northumberland s’unirent pour le nommer roi, secouant encore le joug d’Æthelred, qui était revenu au pouvoir après la mort de Suénon (1011).

Æthelred mourut peu après (1016). Son fils et successeur Edmond Côte de fer, avec l’aide de Londres, d’une partie du Wessex, et, pendant un temps, avec celle de la Mercie, essaya de lutter contre les forces danoises. Mais Canut resta maître du royaume après la bataille d’Assandun et la mort de son rival. Quoique conquérants, les Danois ne furent pas des étrangers dans le sens où le furent les Normands après eux. Leur langage différait peu de la langue anglaise. Ils n’apportaient aucun nouveau système d’organisation ou de gouvernement, et Canut régna, non en conquérant, mais en roi. Il avait besoin de l’aide des Anglais pour mener à bien ses grands projets dans le nord et réunir sous son sceptre le Danemark, la Norvège et la Suède. Pour arrriver a ce but, il lui fallait à tout prix la paix et la tranquillité dans le pays. Il y parvint en habile politique.

Son premier soin fut de renvoyer son armée danoise, ne gardant auprès de lui que des gardes du corps : les hus caris, qui devaient faire face à tout danger inattendu. Il eut le courage de chercher sa force dans la justice et la sagesse de son gouvernement. Pendant les vingt années qui suivent, son but semble avoir été d’effacer dans l’esprit de ses sujets, et sa condition d’étranger, et les débuts sanglants de son règne. Le changement qui se fit en lui est aussi surprenant que celui de sa politique. Il apparaît d’abord comme un pur Normand, passionné, sans miséricorde, unissant la ruse du sauvage à ses instincts sanguinaires. Ses premiers actes furent des crimes. Edric de Mercie, qui l’avait aidé à conquérir sa couronne, ne lui fut pas plutôt devenu inutile, que, d’un signe, Canut le fit frapper d’un coup de hache. Il se débarrassa de la même manière du frère d’Edmond Côte de fer, Edwig. On croit qu’Edmond lui-même a été empoisonné par des agents de Canut, et ses enfants furent poursuivis jusqu’en Hongrie par la haine de ce roi sans pitié. Puis, brusquement, un grand changement se fit en lui : le sauvage sans foi ni loi fit place à un roi plein de sagesse et de modération. Quoique étranger, il adopta sans hésiter la vieille politique

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