LA RESTAURATION ANGLAISE
fond sombre de cette époque où l'Angleterre fut écrasée par les Normands, et sa mémoire était si chère à tous que son nom devint l'incarnation de toute idée d’affranchissement et d’indépendance. On ne demandait pas la liberté, on réclamait u les bonnes lois d’Edouard le Confesseur » .
Pourtant, lorsque Edouard revint au trône d’Alfred, il n’était plus qu’un revenant du passé. Son apparence même avait quelque chose de frêle : un corps mince, le teint délicat, des mains de femme; seuls, les yeux bleus et les cheveux d’or rappelaient la race dont il sortait. 11 traversa comme une ombre la scène politique. Le gouvernement était en des mains plus capables. La faiblesse d’Edouard laissant Godwin maître du royaume, il gouverna avec fermeté et sagesse. Abandonnant malgré lui toute intervention dans la politique Scandinave, il mit l’Angleterre sous la protection d’une flotte qui croisait constamment le long de ses côtes. A l’intérieur, quoique les comtés demeurassent jaloux de leur indépendance, on voyait pourtant les signes précurseurs d’une réelle unité politique, et les édits royaux avaient « cours » , si l’on peut ainsi dire, jusqu’aux confins de la Alercie et de la Nortliumbrie.
Chute de Godwin. — Godwin ne partageait cependant pas tous les sentiments d’ordre, d’égalité et de moralité qui se développaient alors dans la nation, et ce fut certainement ce qui amena sa chute. Seul, il fut insensible au mouvement religieux de son temps et à l’enthousiasme pieux qui fondait des monastères et enrichissait l’Eglise. Godwin ne fut le fondateur d’aucune maison religieuse; les moines l’accusaient même d’en avoir dépouillé plus d’une. Sa grande préoccupation était, semble-t-il, la fortune des siens. Il avait donné sa fille en mariage au Roi. Son propre comté comprenait toute l’Angleterre au sud de la Tamise. Son fils Harold était comte d’Est-Anglie, et la Mercie avait été démembrée pour procurer un comté à son autre fils, Suénon.
Ce fut la conduite révoltante de ce fils, plus encore peut-être que l’ambition avide du père, qui excita le mécontentement du pays. Suénon, après avoir séduit l’abbesse de Leominster, l’avait renvoyée chez elle avçc une demande en mariage plus outrageante encore; puis, le Koi ayant refusé son consentement à cette union, il avait fui du royaume. Grâce à l’influence de son père, il obtint son pardon ; mais à peine de retour en Angleterre, il fit enlever et assassiner son cousin Beorn, qui s’était opposé à la réconciliation. Il fut de nouveau obligé de se réfugier en Flandre, poursuivi par l’indignation nationale. Malgré la flétrissure infligée à Suénon par l’assemblée des sages qui l’avait déclaré « déchu et absolument indigne a , son père arracha au Koi un nouveau pardon et lui rendit son comté.
Cette scandaleuse illégalité en faveur d’un tel criminel isola Godwin, et il ne trouva plus de partisans quand, plus tard, il eut à lutter contre le Roi. Celui-ci, comme nous l’avons vu, était un étranger dans son royaume : son