LE COMTE HAROLD (1052-10G
cœur était resté avec les amis de sa jeunesse sur la terre d’exil. Il parlait normand. Il employait un sceau pour ses chartes, selon la coutume de Normandie, et tous les postes les plus élevés, dans l’Église comme dans l’État, étaient occupés par des Normands. Ces étrangers, hostiles au ministre, avaient été longtemps impuissants contre lui, et avaient vu tous leurs essais de révolte échouer devant son habileté et son influence. Mais lorsqu’ils virent le mécontentement qu’excitait Godwin, le moment leur sembla propice pour ébranler son pouvoir. Une futile querelle servit de prétexte à la lutte'.
Le beau-frère du Roi, Eustaehe, comte de Boulogne, à son retour d’une visite à la cour, s’arrêta à Douvres et y demanda l’hospitalité pour sa suite. Une dispute s’étant élevée entre les bourgeois et les étrangers, il y eut des morts de part et d’autre. Edouard, furieux, ordonna à Godwin de venger ses alliés sur la ville coupable. Godwin résista noblement à son maître, réclamant avant tout un jugement légal. Mais cette prétention attira sur lui la colère du Roi, et il se vit assimilé aux criminels et accusé lui-même. Aussitôt il rassembla ses forces et marcha sur Glocester, demandant l’expulsion des favoris étrangers. Mais, quoique sa cause fut juste, le pays ne lui vint pas en aide. Les comtes de Mercie et de Northumbrie s’unirent à Edouard, l’assemblée des prud’hommes déclara une fois encore Suénon hors la loi; et Godwin, sentant la lutte inutile, se retira prudemment de l’autre côté du détroit, en Flandre.
Exil de Godwin (1051). — Cependant la colère de la nation fut apaisée par sa chute. Quels que fussent ses torts, Godwin était le seul homme capable de résister aux étrangers qui envahissaient la cour. Le peuple le sentit, et, à peine un an plus tard, Godwin n’eut qu’à faire paraître sa flotte à l’embouchure de la Tamise pour que ses compatriotes contraignissent le Roi à le laisser rentrer en grâce. Les prélats et les évêques normands furent obligés de fuir à leur tour, chassés par la même réunion de prud’hommes qui rappela Godwin. II ne revint que pour mourir, et la direction des affaires passa sans difficulté à son fils Harold (1052).
Le comte Harold (1052-1065). — Harold arriva au pouvoir sans rencontrer les obstacles qui avaient entravé son père, et pendant douze ans il fut le vrai maître du royaume.
Le. courage, l’habileté, le génie administratif, l’ambition et la ruse de Godwin se retrouvaient dans son fils. Dans le gouvernement intérieur du pays, Harold suivit la politique de son père, tout en en évitant les excès. On vit régner la paix et la justice, se développer la richesse et la prospérité du pays. L’orfèvrerie et les broderies de l’Angleterre étaient renommées dans les marchés de France et de Flandre. Mais cette prospérité n’était que matérielle : les éléments plus nobles de l’activité nationale.