LA RESTAURATION ANGLAISE (10-42-10G
les influences vivifiantes de la vie spirituelle n’étaient réveillées en aucune façon. L’histoire nationale n’existait point. Le mouvement religieux qui avait commencé sous Edouard semblait éteint, et le petit nombre de monastères qu’entretenaient le Itoi et les comtes contrastait avec l’enthou/siasme religieux qui couvrait de monuments imposants la Normandie et les bords du Rhin.
Le caractère d’Harold était en complète harmonie avec celui de son temps. Son administration semblait n’avoir pour but que l’inaction et le repos. Il savait, il est vrai, écraser avec décision et énergie toutes les attaques du dehors; il déploya même des talents militaires de premier ordre dans sa campagne contre le pays de Galles. On admire la hardiesse et la rapidité avec lesquelles, armant ses troupes pour les luttes de montagnes, il pénétra au cœur du pays et le réduisit à la soumission. Mais il ne sut pas contribuer à l’éducation, à l’élévation morale de son pays. Les moines formaient alors la seule puissance religieuse, et Harold haïssait les moines. Stigand, l’archevêque de Canterbury, était partisan d’un antipape. Point de synode, point de réforme ecclésiastique, rien qui réveillât le clergé de son sommeil. L’Angleterre se trouva de la sorte moralement séparée du continent où l’on voyait renaître la littérature, l’art et la religion.
Comme Godwin, Harold ne songeait qu’à sa propre fortune. Édouard se faisait vieux, il était sans enfants. Harold le circonvint de plus en plus et éloigna l’un après l'autre tous les obstacles qui pouvaient se placer entre lui et la couronne. La maison rivale de Mercie fut soumise par l’exil du comte Elfgar. Une révolte des Northumbriens, que Harold avait peut-être provoquée, lui permit de reléguer en Flandre son frère Tostig, le plus redoutable de ses adversaires. Son but se trouva ainsi atteint sans lutte ouverte, et, au lit de mort d’Edouard le Confesseur, les nobles et les évêques qui l’entouraient offrirent sans hésiter à Harold son titre et sa couronne.