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L'ANGLETERRE ET LES NORMANDS

et de festins, fut sommairement déposé et remplacé par Maurilien, un prêtre français, plein de savoir et de piété. De fréquents conciles, réunis sous la direction du duc, amenèrent de sérieuses réformes dans les mœurs du clergé.

L’école du Bec, comme nous l’avons dit, était devenue un centre d’éducation, et Guillaume, avec cette profonde connaissance des hommes qui est un trait si caractéristique de son génie, avait choisi comme principal conseiller le prieur du Bec. Voici dans quelles circonstances. Un débat s’était élevé entre le duc et la papauté à l’occasion de son mariage avec Mathilde de Flandre : Lan franc se montra ardent partisan de Home, et son opposition fut punie du bannissement. Le prieur quitta son abbaye monté sur un cheval boiteux, le seul qu'il eût. Il fut rejoint par Guillaume, qui avait hâte de le voir hors de Normandie. « Donnez-moi un meilleur cheval, et je m’en irai plus vite » , riposta l’imperturbable Lombard, et la fureur du duc se changea en rire bienveillant. Dès cette heure, Lanfranc devint son ministre et son conseiller, soit pour les affaires de l’Eglise, soit même pour les projets ambitieux de conquête étrangère que faisait naître, dans l’esprit du duc, la position de l’Angleterre.

L’Angleterre et les Normands. — Depuis un demi-siècle, ce pays avait été constamment en querelle et par conséquent en contact avec la Normandie. A la fin du règne de Richard Sans peur, les Danois avaient trouvé chez les Normands des auxiliaires pour leurs incursions en Angleterre et l’autorisation d’hiverner dans leurs ports. C’était pour s’en venger qu’Æthelred envoya une armée ravager le Cotentin. Mais sa flotte fut repoussée et la paix rétablie par son mariage avec Emma, sœur de Richard le Bon (1002). Æthelred et les siens trouvèrent même en Normandie un refuge contre les Danois, et, s’il faut en croire les récits normands, les vents contraires seuls empêchèrent la flotte de Normandie d’aller combattre pour sa restauration.

L’avénement pacifique d’Edouard au trône semblait offrir l’Angleterre à l’ambition des Normands. Dès que Guillaume apprit le bannissement de Godwin, il se rendit en Angleterre et obtint du Roi une promesse de succession au trône. Une telle promesse annulée par le « conseil des sages hommes » était sans valeur aucune, et du reste le rappel de Godwin fit évanouir les espérances de Guillaume. Plus tard cependant, lorsque Harold fut jeté par une tempête sur les côtes de Normandie, Guillaume en profita, et le força à jurer sur les saintes reliques qu’il soutiendrait les droits de Guillaume au trône : sa liberté et son retour en Angleterre étaient à ce prix.

La nouvelle du couronnement de Harold suivant immédiatement celle de la mort du Roi, mit Guillaume dans une violente fureur, et il se prépara à défendre sa cause parles armes. Fort de la promesse que lui avait laite

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le Confesseur, il prétendait, non s’emparer de la couronne, mais se présenter à F élection de la nation. Quant au couronnement de Harold, il refusait de le reconnaître. L’action de Harold n’était certes pas une raison suffisante pour répandre le sang des Anglais, mais aujourd’hui encore nous n’ avons pas appris à séparer les actes personnels des gouvernants de la responsabilité générale de leurs sujets.

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Préparatifs de la lutte. — Pour Guillaume, les difficultés de l’entreprise étaient énormes. Il ne pouvait compter sur aucun appui en Angleterre. En Normandie, il avait à arracher le consentement de barons récalcitrants, à réunir des quatre coins de la France les éléments divers d’une armée et à la tenir sur pied pendant des mois. 11 lui fallait créer une flotte : abattre les arbres nécessaires, puis construire, lancer et armer les navires; et, au milieu de tout cela, trouver le temps de s’occuper de son gouvernement et de mener à bien des négociations avec le Danemark et l’Empire, avec la France, la Bretagne et l’Anjou, avec la Flandre et avec Borne.

Du reste, les difficultés de son rival n’étaient guère moindres que les siennes. Harold était menacé par son frère Tostig, réfugié en Norvège, aussi bien que par Guillaume, et sa llolte et son armée étaient depuis des mois occupées à veiller le long des cotes. Son unique force permanente était le corps des hus-carls ; mais, à cause de leur petit nombre, ils ne pouvaient être utiles que comme le noyau d’uue armée. D’un autre coté, s’il pouvait aisément faire une levée générale de combattants et réunir ce qu’on appelait le Land-Fyrd, il était difficile de maintenir longtemps cette armée composée de fermiers et de laboureurs, dont l’absence suspendait tout travail dans le pays. Ses seuls navires étaient les bateaux de pêche de la côte. En septembre, il fut impossible de les retenir plus longtemps, et à peine s’étaient-ils dispersés, que les deux orages, depuis si longtemps menaçants, éclatèrent simultanément sur le royaume (1066).

Au moment meme où un changement de vent permettait à la flotte de Guillaume, jusque-là retenue au rivage normand, de mettre à la voile pour l’Angleterre, les côtes du Yorksliire venaient d’être envahies par l’armée du roi de Norvège Harald Hardrada, que Tostig avait appelé à son aide. Le Boi accourut à la tête de ses gardes du corps et repoussa les envahisseurs dans la bataille décisive de Stanford Bridge près d’York. Mais malgré son retour précipité à Londres, il y arriva trop tard : la flotte normande avait déjà traversé la Manche, et Guillaume, débarqué à Pevensey, ravageait la côte pour amener son rival à un engagement. Le duc ne voulait pas avancer dans l’intérieur du pays : c’eût été se séparer de sa flotte, base de ses opérations et son seul refuge en cas de défaite. Ses ravages impitoyables réussirent à entraîner Harold à combattre; mais le Roi refusa prudemment d’attaquer avec les troupes qu’il avait hâtivement réunies. S’il était forcé

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