‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 50 sur 255 · BATAILLE DE SEXLA'C (U OCTOBRE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE SEXLA'C (U OCTOBRE

de se battre, il était décidé à le faire sur un terrain de son choix. Il s'avança alors assez prés des côtes pour arrêter les ravages de Guillaume, et il se retrancha sur la colline de Senlac, petit contre-fort des dunes du Susscx, près de Hastings. Cette position couvrait Londres et obligeait les Normands à concentrer leurs forces. Pour un ennemi vivant de pillage, se concentrer, c’est mourir de faim, et Guillaume n’eut plus d’autre alternative qu’une victoire décisive ou la ruine.

Bataille de Senlac (14 octobre 1066). — Le duc profita des brumes matinales d’un jour d’octobre pour amener ses hommes par les falaises d’Hastings jusqu’au mont Telham. C’est de ce point que les Normands aperçurent l’armée anglaise, massée derrière des retranchements et des palissades, sur la hauteur de Senlac. Des marécages protégeaient sa droite; à sa gauche plus exposée, étaient groupés les hus-earls de Harold. Ces hommes armés de pied en cap, maniant des haches énormes, entouraient le Dragon d’or du Wessex et l’étendard, du Roi. Le reste du terrain était couvert par la foule des paysans à demi armés qui, à l’appel de Harold, étaient accourus pour combattre l’étranger. Ce fut contre le centre de cette position formidable que Guillaume déploya ses chevaliers normands, tandis qu’il ordonnait aux mercenaires venus de France et de Bretagne d’attaquer l’ennemi sur les flancs.

Une charge générale de l’infanterie normande commença la bataille. En avant chevauchait le ménestrel Taillefer, qui lançait en l’air et rattrapait son épée en entonnant la chanson de Roland. Ce fut lui qui le premier frappa l’ennemi, ce fut aussi lui qui tomba le premier. Mais les Normands se ruaient en vain contre la puissante palissade derrière laquelle les combattants anglais maniaient la hache et la javeline aux cris sauvages de : « Arrière! arrière! » ils furent repoussés. La cavalerie lancée en avant dut reculer, le duc rallia (le nouveau ses troupes et les ramena à la fatale barrière. Toute l’ardeur guerrière qui fermentait dans cet homme du Nord, toute la bravoure déchaînée qui l’avait entraîné sur les pentes du Val-des-Dunes, s’unît en ce jour avec le sang-froid, l’opiniâtre persévérance, l’esprit inépuisable en ressources qu’il avait montrés à Morteiner et à Varaville. Ses troupes bretonnes, embourbées dans les marais à la droite de Fennerni, commencèrent à se débander, cl le bruit courut que le duc était tué. « Je vis * , s’écria Guillaume en enlevant son casque, « et avec l’aide de Dieu, je serai vainqueur. »

Exaspéré par la résistance des Anglais, le duc lança son cheval droit vers J’étendard. Quoique désarçonné, il frappa de sa terrible massue Gyrth, frère du Roi, et coucha à scs côtés un autre fils de Godwin, Leofwine. Démonté pour la seconde fois, il jeta à terre un cavalier qui avait refusé de lui céder son cheval. Au milieu du tumulteet des cris de la bataille, il réussit à changer en moyen de victoire la fuite qu’il avait déjà une fois arrêtée.

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Dans leur attaque désespérée les Normands avaient réussi à briser la barrière, mais ils étaient tenus en échec par une véritable muraille de boucliers. Guillaume, par un semblant de fuite, entraîna une partie des forces anglaises à quitter ce poste avantageux. Se retournant alors contre ses ennemis débandés, il les mit en pièces, traversa leur ligne de défense abandonnée et se rendit maître du plateau central, tandis que Français et Bretons arrivaient de leur côté par F autre flanc. A trois heures la colline semblait prise : à six heures le combat continuait encore avec acharnement autour de l’étendard que les hus-carh aux abois défendaient sans faiblir. C’est là que fut plus tard placé le grand autel de l’abbaye de la Bataille. Un ordre du duc réunit alors ses archers à l’avant-garde, et les flèches se mirent à pleuvoir sur les combattants massés autour de leur roi. Au moment où le soleil se couchait, un trait atteignit l’œil droit de Harold ; il tomba au milieu des enseignes royales et la bataille se termina par une mêlée désespérée autour de son corps. Quand la nuit vint protéger la fuite des Anglais, le Conquérant planta sa. tente à l’endroit même où son rival était tombé, et il u s’assit pour manger et boire au milieu des morts » .

Guillaume devient roi. — Tout en s’assurant de Romney et de Douvres, le duc marcha lentement sur Londres par Canterbury. L’esprit de faction et d’intrigue qui régnait dans la capitale travaillait en réalité à lui en ouvrir les portes. Les frères de Harold étaient tombés à ses côtés sur le champ de Scnlac, ses quatre fils avaient été envoyés en exil; de l’ancienne famille royale, il ne restait qu’un jeune garçon, Edgard l’Ætlieling, fils de l’aîné des enfants d’Edmond Côte de fer, qui, poursuivis par les persécutions de Canut, étaient allés se réfugier en Hongrie.

Malgré sa jeunesse, Edgard fut proclamé roi, mais ce choix ne rendit que peu de force à la cause nationale. La veuve du Confesseur livra Winchester au duc. Les évêques réunis à Londres étaient disposés à se soumettre. Les citoyens eux-mêmes faiblirent lorsque Guillaume, franchissant leurs murs, livra Southwark aux flammes.

Le trône du jeune roi n’était plus soutenu que par les comtes de Mercie et de Northumbrie, Edwin et Morkere. Guillaume traversant la Tamise à Wallingford et marchant sur le comté de Hertford, menaçait de leur couper toute communication avec leurs Etats. Ce mouvement opéré de main de maître amena une soumission immédiate. Edwin et Morkere quittèrent précipitamment Londres pour rentrer dans leurs comtes, et la ville se rendit aussitôt.

Ce fut Edgard lui-même qui, à la tête d’une députation, vint offrir la couronne au duc normand. « Ils s’inclinèrent devant lui» , dit pathétiquement un chroniqueur du temps, «par nécessité. » Ils s’inclinèrent devant le Normand comme ils s’étaient inclinés devant le Danois, et Guillaume

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