‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 55 sur 255 · LE B A RO NAGE ANGLAIS · texte numérisé non relu

LE B A RO NAGE ANGLAIS

dès avant le règne de Guillaume, à remplacer l’ancienne liberté anglaise, mais la conquête en hâta et en généralisa l’établissement. La résistance désespérée qu’on avait opposée à Guillaume l’obligea «à défendre par l’épée ce qu’il avait obtenu avec l’épée. Pour assurer la conservation de son trône, il lui fallait une armée puissante capable de réprimer en un moment toute tentative de révolte.

11 n’était possible d’entretenir une telle armée que par une vaste confiscation du sol. Les échecs successifs des révoltes nationales avaient coûté la vie à un grand nombre de nobles, d’autres avaient fui en exil, abandonnant leurs possessions. Les sous-tenanciers aussi s’étaient vus dans l’obligation d’aliéner une partie de leurs biens pour pouvoir conserver le reste, et Guillaume, confisquant toutes ces terres, fut à même d’accorder de vastes propriétés à ses partisans. Son frère Eudes reçut a lui seul, en récompense de ses services, deux cents châteaux dans le Kent et autant dans d’autres parties de l’Angleterre. Des lots presque aussi considérables étaient accordés aux ministres Fitz-Osbern et Montgommery et. à des barons tels que lesMowbrays, les Warrennes et les Clares. Le plus pauvre soldat de fortune reçut sa part du butin. Le dernier des Normands devint riche et puissant sous la nouvelle domination de son duc.

Grands et petits cependant ne recevaient ce don de la couronne qu à la condition d’être prêts à prendre les armes au premier appel du Roi ; et, quand certaines propriétés furent subdivisées et réparties entre des soustenanciers, ceux-ci furent tenus au même service vis-à-vis de leur seigneur.

Le vassal venait jurer fidélité à son seigneur en s’agenouillant, sans armes et tête nue, devant lui, et en mettant ses deux mains dans celles de son suzerain, a Voici, mon seigneur, disait-il, je deviens votie homme lige et consacre à votre service ma vie, mes membres et mes biens. Avec l’aide de Dieu, je vous serai loyal et fidèle dans la vie et dans la mort. « Il recevait alors l’accolade qui l’investissait d’une terre ou fiel dont la jouissance était reconnue à lui et à ses héritiers. Une armée entière fut ainsi attachée au sol même; et à la première sommation du ltoi, environ soixante mille chevaliers se réunissaient sous son étendard.

Le baronage anglais. — Cependant une telle force, si puissante contre le pays conquis, n’était pas moins redoutable pour la couronne. Dans son nouveau royaume Guillaume eut à ménager celte noblesse qu’en Normandie il avait si brutalement soumise à sa volonté. 11 rencontrait en eux des barons impatients du joug, qui, dans les terres de leurs manoirs indépendants, cherchaient à usurper pour eux et pour leurs descendants < es pouvoirs militaires et judiciaires.

Nous retrouvons tout le génie du Conquérant dans le discernement avec lequel il vit le danger et sut y remédier. Il s’appuya sur l’ancienne constitution du pays pour garder dans ses propres mains toute 1 administra

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