‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 59 sur 255 · L A RENAISSANCE I)E 1/ E S P R I T ANGLAIS · texte numérisé non relu

L A RENAISSANCE I)E 1/ E S P R I T ANGLAIS

C’était en effet cette énergie de Guillaume qui assurait la sécurité de son trône, a II était de fer envers quiconque lui résistait » , dit un chroniqueur anglais, « si dur et si cruel que personne n’osait s’opposer à sa volonté. Les barons qui agissaient contre scs ordres étaient jetés dans les fers. 11 chassait les évêques de leurs évêchés, les abbés de leurs abbayes. Il n’épargna pas son propre frère, qui, après avoir joui de la faveur royale, fut soumis à une longue captivité. Tout homme qui voulait vivre et conserver ses biens était obligé de se soumettre à la volonté du Roi. «

Mais si rude que fût ce gouvernement, il donna la paix au royaume. Même au milieu des souffrances causées par la conquête, par la construction des châteaux, par la clôture des forêts; en dépit des exactions qui enrichissaient le grand trésor de Winchester, les Anglais ne pouvaient oublier « la bonne paix qu’il établit dans tout le pays, si bien qu’un homme pouvait, sans danger, traverser le royaume avec sa ceinture pleine d’or » . Des traits d’humanité extraordinaires pour cette époque contrastent avec le caractère général de son gouvernement. Il avait horreur de verser le sang, même légalement; il abolit la peine de mort, et une seule exécution fait tache dans les annales de son règne. Un édit plus honorable encore défendit le commerce des esclaves, qui jusque-là se faisait au port de Bristol. S’il était dur envers les barons et les rebelles, il se montrait a doux envers ceux qui aimaient Dieu » .

Les Anglais et leur roi. — Guillaume s’élevait par son pouvoir, comme par sa renommée, bien au-dessus de ses prédécesseurs. Il n’eut qu’à réunir son armée pour réduire à néant l’expédition danoise commandée par le roi Canut (1085). Une sédition dispersa la flotte des étrangers; le meurtre de leur roi écarta tout danger du côté du Nord et dissipa cette crainte des Danois qui si longtemps avait plané sur l’Angleterre. L’Ecosse de son côté, déjà domptée par l’invasion de Guillaume, fut tenue en respect par la puissante forteresse de Newcastlc-sur-Tyne ; et, après avoir pénétré à main armée jusqu’au cœur du pays de Galles, le Roi en entreprit la soumission systématique en établissant, tout le long de la frontière, des barons à qui il donna toute liberté de conquérir des terres à leur profit.

Les dernières années de Guillaume furent troublées par la rébellion de son fils Robert et par la querelle avec la France. Cette dernière lutte lui fut fatale. A Mantes, qu’il avait livrée aux flammes, comme il passait à cheval par une rue très-escarpée, l’animal trébucha au milieu des cendres, et Guillaume, jeté avec violence contre sa selle, se blessa grièvement.

Mort du Conquérant (1087). — Il fut transporté, pour y mourir, à Rouen, dans le couvent de Saint-Gervais, qui domine la ville. A l’aurore, il fut réveillé par la cloche de la cathédrale. Etendant alors les mains pour la prière, le Conquérant s’éteignit paisiblement.

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