ANSELME ARC II EVEQUE
Avec lui s’éteignit aussi la crainte que le pouvoir royal inspirait aux barons, d’autant plus que la division en deux parties du nouveau royaume leur donnait l’espoir de secouer le joug sévère sous lequel ils avaient si longtemps plié.
Guillaume avait légué la Normandie à son fils aîné, Robert. Le second fils, Guillaume, porteur du sceau royal, s’était liàté d’aller en Angleterre, où Lanfranc lui avait assuré la couronne. La noblesse, sous prétexte de défendre les droits de Robert au trône, se souleva, ayant l’évêque Eudes à sa tète. Avec le caractère faible de Robert, ils étaient assurés de leur indépendance féodale Le nouveau roi fut réduit au seul appui de ses sujets anglais qui, révoltés des violences et des désordres des Normands, se rallièrent sous son étendard. L’évêque Wulfstan de Worcester, le seul survivant des évêques anglais, défit les insurgés dans l’Ouest, et le Roi, sommant les hommes libres des villes et des campagnes de venir, sous peine de flétrissure, se joindre à ses guerriers, marcha avec une puissante armée sur Rochester, où les barons avaient concentré leurs forces. Une épidémie qui éclata dans la garnison obligea la ville à se rendre, et comme les prisonniers passaient devant l’armée royale, les cris de : ce La corde et le gibet! » retentirent dans les rangs des Anglais.
Plus tard, une nouvelle et vaste conspiration fut organisée pour placer sur le trône un parent de la maison royale, Etienne d’Albemarle. Mais la capture du chef, Robert Moivbray, comte de Northumberland, l’emprisonnement ou l’exil de ses partisans, mirent fin une fois encore aux espérances de la noblesse.
Guillaume le Roux et l’Église. — Si la lut le des barons contre la couronne avait réveillé le patriotisme national et acquis au Roi l’appui de ses sujets anglais, l'influence et l’amlace d’un seul ecclésiastique suffirent à exciter chez le peuple une véritable opposition et à les soulever contre le despotisme administratif établi depuis la fatale journée de Senlac.
Guillaume le Roux avait hérité de l’énergie et des qualités politiques de son père, mais non de sa grandeur morale. Les dérèglements et les extravagances du jeune roi eurent bientôt épuisé le trésor royal ; et, à la mort de Lanfranc, il ne se fit aucun scrupule de remplir ses coffres aux dépens de l’Église. D’après la loi, lorsqu’il y avait une vacance, les revenus des cures ou des abbayes étaient encaissés par la couronne jusqu’à la nomination d’un successeur. Guillaume refusait si constamment de remplacer les prélats décédés, qu’à sa mort il se trouva un archevêché, quatre évêchés et onze abbayes sans pasteurs.
Anselme archevêque. — Le siège de Canterbury lui-même demeura vacant à la mort de Lanfranc, jusqu’au jour où, gravement malade, le Roi effrayé y nomma Anselme, qui se trouvait par hasard en Angleterre. L’abbé
du Bec fut traîné près du lit royal et forcé d’accepter la crosse (1093) . Mais à peine Guillaume était-il remis, qu’il se trouva en face d’un opposant qui, malgré sa nature douce et tendre, sut résister avec fermeté et grandeur à la tyrannie du Roi.
La conquête, en plaçant l’Église sous la dépendance absolue de la couronne, lui avait, comme nous le faisions remarquer, enlevé tout pouvoir moral. Elle ne pouvait plus défendre contre ce despotisme brutal les intérêts élevés de la nation. Quoique la lutte entre Guillaume et Anselme portât sur des points qui n’eurent guère d’influence sur les destinées de l’Angleterre, l’attitude hardie d’Anselme non-seulement brisa la tradition de servitude ecclésiastique, mais encore répandit dans la nation un nouvel esprit d’indépendance. Le vrai caractère de la position que prit l’archevêque nous apparaît dans la réponse qu’il fit au Roi, au sujet des exactions illégales imposées à l’Eglise. Ses remontrances avaient amené une demande d’argent prélevée sur son propre revenu. Il fit une première offre de 12,500 francs, qui fut dédaigneusement repoussée. « Traitez-moi comme un homme libre, déclara Anselme, et je me dévouerai à votre service; mais si vous me traitez en esclave, vous n’aurez ni moi ni mes deniers. » Chassé de la cour par la colère du Roi, il se décida à quitter le royaume, mais son exemple ne fut pas perdu, et le plus grand des fils du Conquérant eut bientôt à compter avec l’esprit de liberté qui se développait dans son royaume.
Guerres de Guillaume. — Comme homme de guerre, Guillaume II n’était guère inférieur à son père. La Normandie lui avait été remise en gage par son frère Robert, en échange d’une somme qui permit au duc de se joindre à la première croisade. Une révolte du Mans fut promptement réprimée, grâce à l’énergie de Guillaume. Dès qu'il l’avait apprise, il s’était embarqué sur le premier bateau venu et avait traversé la Manche, malgré la tempête, répondant à ses partisans inquiets et suppliants : « Un roi ne se noie jamais. 75 Malcolm fut contraint une seconde fois à riiommage par 1111e démonstration sur le Fortli; et la mort de ce roi jeta l’Ecosse dans un tel désarroi qu’une armée put sous la conduite d’Edgar Ætheling établir sur le trône, comme vassal de l’Angleterre, Edgar, le fils de Marguerite. Guillaume fut moins heureux dans le pays de Galles, et les pertes terribles subies par la lourde cavalerie normande à Snowdon l’oldigèrent à reprendre la politique plus lente, mais plus sage, de son père.
Mort de Guillaume (1100). — Une fin tragique et étrange vint mettre un terme à ses défaites comme à ses triomphes. Des paysans le trouvèrent mort dans une clairière de New-Forest. 11 avait dans la poitrine la flèche d’un chasseur ou d’un assassin. Robert n’était pas encore revenu de Terre Sainte, où sa bravoure avait racheté la mauvaise renom-