‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 6 sur 255 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Les Anglais dans l’île de Thanet. — L’histoire d’Angleterre proprement dite commence à partir du moment où Hengest débarqua avec son armée à Ebbsfleet dans File de Thanet. Ebbsfleet n’offre rien au regard qui puisse le charmer ou Je séduire. Ce n’est qu'un pauvre hameau bâti sur Je penchant d’une petite colline, aujourd’hui séparé de la mer par un espace de terre conquis sur elle et protégé par une digue. Mais, pris dans son ensemble, le paysage a une beauté sauvage qui lui est propre. A droite, les fa la is es de Ramsgate entourent de leur blanche muraille la baie de Pegivell ; dans le lointain, à gauche, au delà des sombres plaines marécageuses où des panaches de fumée indiquent la position de Richborough et de Sandwich, s’étend la ligne vaporeuse des falaises de Deal.

Tout dans le caractère de ce site confirme la tradition nationale qui en fait le lieu de débarquement des premiers Anglais; car, quels qu’aient été les changements physiques qui s’y sont opérés depuis le cinquième siècle, ses principales lignes sont restées les memes. Ainsi, il est facile de reconnaître dans ce qui est aujourd’hui la plaine humide et brumeuse du marais de Minster, l’ancien bras de mer, séparant Thanet de la terre ferme, que les bateaux pirates des Anglais traversèrent pour venir atterrir àEbbsfleet.

Sources : Le seul récit breton que nous possédions pour cette période. est celui du moine Gildas, enflé et diffus, mais il nous fait connaître l'état de file à cette époque, et nous donne, dans sa dernière partie, la première histoire de la conquête du Kent. Cf. Saturday Review, 2r* avril et 8 mai 1869, et La Borderie, Etudes historiques bretonnes . La conquête du Kent est la seule dont nous ayons le récit fait par un des vaincus. Les conquérants anglais ont laissé quelques brefs renseignements sur la soumission du Kent, du Sussex et du \l essex, dans les curieuses annales qui ouvrent la compilation connue sous le nom de Chronique anglo-saxonne : English Chronicle . Elles sont évidemment historiques, malgré la teinte un peu légendaire qui les revêt parfois. Les Anglais ne nous ont laissé aucun détail sur leur invasion dans la Bretagne centrale ou Mercic, et nous ne savons quelque chose sur leurs progrès au nord que parle fragment des Annales de Xorthumhrie,. inséré dans la compilation plus récente qui porte le nom de Nennius. Les articles du I)r Guest, dans les Transactions of the Archœological Institute, contiennent le meilleur récit moderne de la conquête.

1/ ATTAQUE UES AXGLAiS.

Au-dessus de cette plaine marécageuse s'élèvent encore les ruines de la forteresse de Richborough ou débarquaient habituellement les voyageurs venant de la Gaule.

Si les bateaux de guerre des pirates anglais longeaient les cotes au moment où le traité fut conclu avec les Bretons, leur débarquement à Ebbsfleet, presque sous les murs de Richborough, s'expliquerait tout naturellement. Mais la suite des événements prouve que le choix de cet endroit fut bien le résultat d'un dessein délibéré de part et d’autre. Les Bretons et les mercenaires qu’ils venaient d’engager ne pouvaient avoir grande confiance les uns dans les autres, et devaient, par conséquent, se tenir sur leurs gardes. Les compagnons de Hcngcst qui savaient combien de fois les Barbares avaient été trompés et trahis parleurs alliés, se sentaient mieux en sûreté sur les côtes du détroit assez large qui les séparait du continent et que les bateaux pirates de leurs compatriotes parcouraient sans cesse. Ce choix convenait aussi aux Bretons, qui commençaient à se demander s’ils n’avaient pas introduit dans leur pays un ennemi plus redoutable que les Pietés. De cette façon, leurs dangereux alliés étaient enfermés dans un petit coin de terre, et le bras de mer qui les séparait de la Bretagne était gardé par la forteresse la plus inaccessible de la côte. La suite des événements prouva que les Bretons avaient raison de craindre.

L’attaque des Anglais. — Dès que la lutte pour laquelle les Anglais avaient été appelés fut terminée, les difficultés qui s’élevèrent montrèrent bien que les précautions prises n’avaient pas été superflues. Les Pietés venaient à peine d’être dispersés dans une grande bataille, que le danger surgit du côté des Anglais eux-mêmes. Lorsque la nouvelle de leur établissement dans l’ile de Thanct et de leur traité avec les Bretons s’était répandue dans le détroit, un grand nombre de pirates leurs compatriotes étaient venus se joindre à eux. De là, des contestations au sujet <Lfi supplément de munitions et de paye qu’ils réclamaient. Les Anglais mirent un terme aux longues discussions soulevées à ce sujet, par une menace de guerre. Mais, d'après ce que nous avons vu, cette menace n’était pas facile à exécuter. Lorsqu'on 449, les chefs anglais résolurent de faire la guerre, le chemin leur était barré par le bras de mer qui séparait Thanet de la Bretagne; il ne pouvait être traversé à mer basse que par un gué large et dangereux, et était gardé à son extrémité par les forteresses de Richborough et de Rcculver. Les détroits de la Medivay et de la Gray, le grand cercle que forme le Weald fournissent une seconde ligne de défense; (die était gardée par une population de soldats ou colons militaires, qui devaient, d’après les termes de leur service féodal, protéger la côte contre les Barbares. Mais, quelque grandes que fussent ces difficultés, elles tombèrent devant la soudaineté de l’attaque de Hengest. Le détroit semble avoir été traversé, la côte et la route de Londres occupées, avant que les Bretons aient eu le

temps de réunir quelques forces à opposer aux Anglais. Ce n’est qu’à la Medway qu’ils trouvèrent le passage gardé.

Les murs fortifiés de Bochester les forcèrent probablement à tourner vers le sud et à suivre barète des collines basses qui bornent la vallée. Leur marche les conduisit à travers un pays rempli des vestiges d’un passé déjà évanoui de la mémoire des hommes. Le penchant des collines avait servi de nécropole à une race disparue; et parmi les pierres qui jonchaient le sol s’élevaient encore les cromlechs et les dolmens, vastes sépultures des morts. Le monument appelé aujourd’hui Kits’ Co/y House semble être l’extrémité d’une grande avenue de tombeaux qui le reliait à la nécropole d’Addington. Du haut d’une colline escarpée où s’élevaient les pierres grises de ce vieux monument, usé par le temps, les Anglais découvrirent l’emplacement qui devait être leur premier champ de bataille. Ils descendirent dans la vallée, et un sentier serpentant entre de tranquilles demeures les conduisit jusqu’au petit village d’Aylesford , bâti au bord de la Medway, à l’endroit où elle est guéable.

La chronique de la conquête ne dit pas comment le gué fut forcé et ne parle pas du combat qui dut se livrer dans le village. Xous savons seulement que Hodrsa tomba au moment de la victoire, et que le monument de Horsted, que l’on regarda plus tard comme son tombeau, fut élevé pour conserver son nom et sa mémoire. Cette colonne de granit fut ainsi le premier témoignage de l’héroïsme anglais dont Westminster est aujourd’hui le dernier et le plus noble reliquaire.

Extermination des Bretons. — La victoire d’Aylesford fit plus que de donner le Kent oriental aux Anglais : elle indiqua dès l’abord quel serait le caractère de la conquête de la Bretagne. Le massacre qui suivit la bataille montra combien serait farouche et impitoyable la lutte qui venait de commencer. Tandis que les riches propriétaires du Kent s’enfuyaient terrifiés au delà des mers, les pauvres paysans bretons ne trouvaient d’autre ressource que de se cacher sur les collines ou dans les forêts, jusqu’à ce que, poussés par la faim hors de leurs retraites, ils fussent massacrés ou asservis par les conquérants. C’était en vain que quelques-uns cherchaient un abri dans les murs de leurs églises : la rage des Anglais semblait s’être surtout déchaînée contre le clergé. Les prêtres étaiept massacrés au pied des autels, les églises brûlées, et les paysans n’échappaient aux flammes que pour périr par le fer.

Ce sont des traits qui distinguent la conquête de la Bretagne de celle des autres provinces de l’empire romain. La conquête de la Gaule par les Francs ou de l'Italie par les* Lombards n’est que l’établissement, par la force, des conquérants, au milieu de sujets tributaires destinés à absorber peu à peu leurs vainqueurs. Ainsi, le français est le langage non du Franc, mais du Gaulois qu’il a vaincu; et, en Italie, les chevelures blondes qui

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