CONQUETE DE LA LUE T ACNE MÉRIDIONALE
caractérisaient jadis les Lombards, sont aujourd’hui inconnues. La conquête anglaise, au contraire, fut la dépossession violente et le massacre du peuple vaincu. Durant cette lutte pour la conquête du monde qui se livra entre Rome et les Barbares de la Germanie, aucune contrée ne fut attaquée avec plus d’opiniâtreté et vaincue avec plus de difficultés que la Bretagne. Après deux siècles de guerre acharnée, la soumission n’était faite qu’en partie; mais si la lutte fut particulièrement longue et cruelle, la conquête fut aussi plus complète que ne l’avaient été les autres conquêtes des Barbares. Lorsqu’elle fut terminée, la Bretagne était devenue l’ Angleterre, la terre des Anglais et non plus des Bretons. Peut-être quelques survivants du peuple vaincu restèrent-ils comme esclaves dans les demeures des conquérants, introduisant dans la langue quelques-uns de leurs mots (si toutefois ceux-ci n’y furent pas apportés plus tard). En tous les cas, ces exceptions, si elles se produisirent, ne changèrent rien au fait général. Un siècle et demi après Aylesford, lorsque les progrès si rapides de la conquête furent suspendus pour un temps par les guerres civiles, les Bretons avaient presque entièrement disparu du pays qui avait été le leur. Les lois, les mœurs, la religion des conquérants anglais régnaient seuls depuis l’Essex jusqu’à la Severn, et depuis le pas de Calais jusqu’à l’estuaire du Forth.
Conquête de la Bretagne méridionale. — Aylesford lut le premier pas dans la voie des conquêtes. La soumission de la Bretagne méridionale qui, à elle seule, prit soixante ans, montre combien la lutte fut acharnée de part et d’autre. Hengest ne soumit le Kent que lentement. Après une seconde défense au passage de la Cray, les Bretons « abandonnèrent le pays de Kent et s’enfuirent effrayés vers Londres » . Ce ne fut que six ans après la victoire d’Aylesford que les forteresses de Kichborough, Douvres ctLymne tombèrent aux mains des Anglais.
Pendant ce temps, d’autres bandes de barbares, séduits par le pillage, arrivaient des côtes delà Germanie. En 477 environ, vingt ans plus tard, des Saxons, appartenant à la tribu méridionale de la confédération anglaise, s’emparèrent peu à peu de la bande de terre qui s’étend à l’ouest du Kent entre le Weald et la mer. L’aspect physique de ce pays a aujourd’hui entièrement changé. Un espace de plus de cent milles, qui portait le nom d’Andredswold, et qui s’étendait vers l’ouest de la côte du Kent jusqu’aux dunes du Hampshire, et au nord presque jusqu’à la Tamise, était occupé par des bois et des landes désertes, sauf sur une étroite bande de terre le long de la mer. Cette portion de la côte était gardée par une grande forteresse’, à l’endroit appelé aujourd’hui Pevensey, qui devait être, dans la suite, le lieu de débarquement des conquérants normands. La chute de cette forteresse d’Anderida en 491 marqua l’établissement du royaume des Saxons au sud. « Ælla et Cissa, raconte l’impitoyable
« chronique écrite par les vainqueurs, prirent An dérida et massacrèrent ^ tous les Bretons qu’ils rencontrèrent, sans en excepter un seul. » Hcngest, Ælla et leurs compagnons ne s’éloignèrent guère de la côte. La véritable conquête de la Bretagne méridionale était réservée à une nouvelle bande de Saxons qui, en 495, sous la conduite de Cerdic et de Cymric, remontèrent de Soutlianipton jusqu’aux collines où Winchester leur offrait une si riche proie. Cinq mille Bretons tombèrent dans un combat qui ouvrit la contrée aux envahisseurs, et une nouvelle victoire à Charford, en 519, éleva Cerdic au rang de roi des Saxons occidentaux.
Gildas. — Nous connaissons mal les divers incidents de ces conquêtes. Nous ignorons aussi pourquoi à ce moment elles furent soudain interrompues; mais ce qui est certain, c’est qu’une victoire des Bretons au mont Badon non-seulement suspendit les progrès des Saxons occidentaux, mais provoqua un arrêt général dans l’œuvre des conquérants. 11 semble que pendant près d’un demi-siècle, les assaillants n’aient pu franchir la grande ceinture de forêts qui formait une ligne courbe depuis Dorset jusqu’à la vallée de la Tamise. Le pays qui s’étendait entre Londres et l’estuaire du Forth, entre l’Avon et la mer d’Irlande, était encore libre, et lorsque la conquête sembla s’arrêter, rien ne faisait prévoir qu’elle reprendrait plus terrible, pour donner définitivement la Bretagne aux Anglais. Au milieu du silence qui succéda au fracas de la lutte, nous entendons retentir la plainte monotone de Gildas, le seul écrivain que la Bretagne nous ait laissé. Cependant, nous ne l’écoutons pas sans un étrange désappointement. Gildas a assisté à l’invasion des Anglais, et c’est à lui que nous devons de connaître la conquête du Kent, mais on cherche en vain dans son livre des détails sur la vie des conquérants anglais, sur leur établissement en Bretagne. Le coup d’œil que Gildas nous laisse jeter par-dessus les frontières de la nouvelle Angleterre qui s’élevait le long des côtes méridionales de la Bretagne, ne nous montre que des monuments en ruine, des temples souillés par l’impiété des païens. 11 dut pourtant en voir davantage, mais son silence et son ignorance indiquent quel fut un des caractères de la lutte. I)c même qu’aucune léte bretonne ne s’était pliée devant les vainqueurs, aucune plume bretonne ne devait écrire le récit de leurs conquêtes. Un siècle après leur arrivée, les Anglais n’étaient encore connus des Bretons (pie comme des a barbares « , des a loups » , des « chiens » , « nés dans le chenil de la barbarie » , « haïs de Dieu et des hommes » . Leurs victoires étaient les victoires des puissances du mal, des châtiments employés par la Justice divine pour punir les péchés nationaux. Mais leurs ravages, quelque terribles qu’ils fussent, allaient prendre fin : de vieilles prophéties annonçaient que dans un autre siècle, leurs dernières possessions dans le pays leur seraient arrachées. Jamais l’idée de se soumettre, ou
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