‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 61 sur 255 · MARIAGE DE HENRI · texte numérisé non relu

MARIAGE DE HENRI

niée de ses jeunes années, et son frère cadet, Henri, en profita pour s’emparer de la couronne, malgré l’opposition de la noblesse qui tenait au duc de Normandie et voulait conserver les deux États sous un même Sceptre. Son attitude obligea Henri à chercher l’appui des Anglais, comme l’avait fait Guillaume le Roux.

Charte de Henri Ier, — Deux grandes ordonnances, promulguées dès le couronnement de Henri, marquent les nouvelles relations qui se formèrent alors entre le peuple et le Roi. La Charte de Henri est importante, non-seulement comme le point de départ de la grande Charte du roi Jean, mais parce qu’elle pose pour la première fois des limites au despotisme établi par la conquête.

Les impôts injustes par lesquels Guillaume avait opprimé et appauvri l’Église étaient abolis. Les demandes arbitraires faites aux barons par le Conquérant et son fils furent changées en redevances régulières, et les droits du peuple, quoique plus vaguement reconnus, n’étaient pas oubliés* Les barons étaient tenus de rendre justice à leurs tenanciers et de renoncer aux exactions tyranniques qu’ils leur imposaient. Le Roi promettait de rétablir l’ordre et de remettre en vigueur la « loi d’Édouard » , la vieille constitution du royaume, avec les changements introduits par Guillaume.

Mariage de Henri. — Son mariage donna à ses promesses une signification qui fut comprise du dernier paysan anglais. Éditli ou Mathilde était la fille du roi Malcolm et de Marguerite, sœur d’Edgar Ætheling. Elle avait été élevée au couvent de Romsey par l’abbesse, sa tante Christine, et était entrée dans les Ordres. Mais la sagesse d’Anselme, rappelé par Henri sur son siège épiscopal, leva cet obstacle et permit son mariage avec le Roi.

Mathilde apparut à la cour pour raconter son histoire avec toute la sincérité de sa nature ardente. On l’avait enfermée au couvent dès son enfance, affirmait-elle, pour la soustraire aux insultes de la soldatesque qui infestait le pays. Après une longue résistance, elle avait fini par céder aux sévérités et aux coups de sa tante. « Quand je me présentais devant elle » , dit la jeune fille en implorant le prélat, « je portais le voile, tremblante de douleur et d’indignation; mais dès que je sortais de sa présence, je l’arrachais de ma tête, je le jetais à terre et le foulais aux pieds. C’est de cette seule manière que j’ai pris le voile. » Anselme la déclara libre de ces liens ; et lorsqu’il mit sur le front de Mathilde la couronne royale, les acclamations de tout le peuple étouffèrent les murmures du clergé et des barons.

Les reproches des nobles normands qui surnommèrent le Roi et la Reine u le fermier Godric et sa commère Godgifu « se perdirent dans la joie

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