J 04 LA RENAISSANCE DE ^ESPRIT ANGLAIS
populaire. Pour la première fois depuis la conquête, le souverain de l’ Angleterre était regardé comme un roi anglais. Le sang de Gerdic et d’Alfred s’unissait à celui de Hrolf et du Conquérant. Il était impossible que les deux peuples restassent séparés l’un de l’autre, et leur fusion se fit si rapidement qu’à l’ avènement de Henri II le nom de Normand avait disparu, et que les vainqueurs de Senlac se vantaient de leur titre d’Anglais.
Les villes anglaises. — Nous pouvons retrouver les traces de cette fusion des deux races dans l’histoire de la population bourgeoise des villes.
Une des premières conséquences de la conquête avait été une grande émigration du continent en Angleterre. Une invasion toute pacifique des classes commerçantes et industrielles de la Normandie suivit l’invasion à main armée. Chaque noble normand en s’établissant sur ses terres anglaises, chaque abbé normand en entrant dans un cloitre anglais, réunirent autour d'eux des artistes et des serviteurs français. Ainsi autour de l’abbaye de la bataille, que Guillaume avait fondée sur l’emplacement de sa grande victoire, nous voyons Gilbert l’étranger, Gilbert le tisserand, Benoît l’intendant, Hugues le secrétaire, Baudoin le tailleur, mêlés aux tenanciers anglais.
Cet état de choses était encore plus frappant dans la capitale. Longtemps avant l’expédition de Guillaume, les Normands avaient des établissements a Londres. Ce n’était qu’une colonie de marchands; mais dès que le Conquérant eut soumis le pays, on vit des bourgeois de Rouen et de Caen passer en Angleterre et s’établir à Londres, qui, par sa position, leur offrait pour leur trafic de grands avantages. A Norwich et dans d’autres villes, la colonie française s’établit à part et forma une ville française à côté du bourg anglais. A Londres, elle semble avoir dès l’abord pris la position de classe gouvernante. Gilbert Becket, le père du fameux archevêque, est un des seuls portreeves de Londres, prédécesseurs des maires, dont le nom nous soit parvenu. Sous le règne d’Étienne, il avait dans l’enceinte des murs de larges propriétés immobilières, et nous avons pour preuve de l’importance du rôle joué par lui dans la ville le fait suivant : chaque nouveau magistrat allait visiter la tombe de Becket dans la petite chapelle qu’il avait fondée au cimetière de Saint-Paul. Cependant Gilbert était un étranger normand qui avait suivi le Conquérant. Il était né de simples bourgeois de Rouen, et sa femme était d’une famille bourgeoise de Caen.
C’est en partie à l’influence étrangère, en partie aussi à la longue paix qui régna sous la domination normande, que sont dues la richesse et l’importance des villes anglaises sous le règne de Henri Ier. Dans le développement silencieux et l’éducation progressive du peuple anglais, ce sont les bourgs qui ont frayé la voie. Ignorés et dédaignés du prélat et du