LES VILLES ANGLAISES
noble, ils avaient conservé les vieilles libertés germaniques. Seuls les commerçants et les boutiquiers des villes surent garder intacts, au temps de la tyrannie normande, le droit de libre gouvernement, la liberté de parole, la liberté de réunion, les tribunaux où la justice était rendue entre égaux. Si Fou veut alors retrouver la vraie vie anglaise, il faut aller dans les villes, dans leurs rues tranquilles aux noms bizarres, sur les places de marché, sur les prairies communales, au moulin du seigneur sur la rivière. Il faut assister aux querelles jalouses des artisans et des corporations, écouter les cloches appeler la foule a l’assemblée des bourgeois. Nous y verrons ces bourgeois dans leur vie privée et dans leur commerce, nous assisterons à leurs constants et patients efforts contre l’oppression, à leur lutte ferme et infatigable pour arriver à se gouverner euxmêmes.
11 est difficile de retracer comment chaque bourg gagna sa liberté. Ils faisaient, pour la plupart, partie des propriétés royales, et leurs redevances étaient recueillies par un officier du Roi chargé en même temps de leur rendre la justice. I)e toutes les villes, Londres était la plus importante, et la charte que Henri lui octroya régla bientôt les droits de toutes les autres. Le Koi cédait aux habitants des villes le droit de justice : chaque citoyen pouvait obtenir d’être jugé par ses concitoyens au tribunal communal ou hnsling qui se réunissait une lois par semaine. Là, on ne jugeait que d’après l’ancienne procédure anglaise, par serments et non par l’épreuve du duel judiciaire que les Normands avaient introduite en Angleterre. Leur commerce fut protégé contre les taxes et les exactions dans toute l’étendue du royaume.
Cependant le Roi conservait le droit de nommer, à Londres comme ailleurs, le Porlreeve ou magistrat supérieur de la cité, et les bourgeois n’étaient pas unis entre eux en forme de commune ou de corporation. Mais il existait pourtant une organisation municipale encore rudimentaire dans les a toarcls « ou quartiers de la ville, gouvernés chacun par son propre alderman, et dans les ^ guilds » ou associations volontaires, au moyen desquelles les commerçants se prêtaient mutuellement protection et secours. Ces liens furent du reste resserrés parles anciennes traditions de liberté que les villes conservaient avec soin. A Londres, par exemple, les bourgeois, qu’avertissait la cloche de Saint-Paul, se réunissaient en conseil de ville pour délibérer sur leurs propres affaires sous la présidence de leur alderman. A Saint-Paul aussi retentissait l’appel aux armes quand un danger menaçait la ville; les citoyens rassemblés remettaient la bannière de Londres à leur capitaine, le baron Fitz-VValter, qui les conduisait à l’ennemi.
Peu de bourgs jouissaient île tels privilèges, mais différentes chartes de Henri les leur conférèrent peu à peu, et élevèrent les habitants des villes de la condition de simples marchands à la merci de leurs seigneurs, au rang de