‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 64 sur 255 · LA RENAISSANCE DE L’ESPRIT ANGLAIS · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE DE L’ESPRIT ANGLAIS

tenanciers, ayant acheté leur liberté par une redevance fixe, réglementant à leur guise leur commerce, se rendant justice entre eux.

Saint-Edmnndsbury, — Les villes qui n'étaient pas sur les domaines royaux, mais qui se trouvaient dans les environs des châteaux ou des abbayes, se développèrent plus lentement et plus difficilement. L’histoire de Saint-Edmundsbury nous montre combien fut graduée la transition qui transforma le servage en une liberté relative. Des terres qui, au temps du Confesseur, n’étaient que des champs et des prairies, s’étaient couvertes de maisons sous la domination normande. La construction de la grande église de la Bataille avait en particulier attiré beaucoup de manœuvres et de maçons normands qui se mêlèrent aux laboureurs et aux moissonneurs du domaine abbatial. Les troubles qui régnaient alors contribuèrent, là comme ailleurs, au groupement des individus et à la formation de la ville. Les serfs, les malheureux fuyant devant la justice ou devant leur seigneur, les marchands, les Juifs, tous vinrent chercher la protection puissante de saint Edmond. Ils étaient cependant à la merci de l’abbé. Chacun devait payer son tribut au trésor de l’abbaye, contribuer aux travaux des champs, prendre part à la moisson. Tous étaient forcés de garder leurs moutons dans le bercail de l’abbé et de contribuer à la pêche des anguilles, véritable redevance qu’il exigeait annuellement dans son domaine. Ce domaine était borné par quatre croix et lui appartenait exclusivement. Les bourgeois étaient obligés de payer pour que leur bétail pût paître sur le pré communal. Si les^ foulons s’étaient refusés à fournir le drap qu’on exigeait d’eux, l’usage du courant d'eau leur eût été immédiatement interdit par le cellcrier, et l’on se serait emparé de leurs métiers partout où ils se seraient trouvés. Aucun impôt ne pouvait être levé sur les tenanciers des fermes appartenant à l’abbé; et, dans les marchés, les clients devaient attendre devant les boutiques ou les échoppes que les acheteurs de l’abbé eussent pris le dessus du panier. Il y avait peu d’espoir de changement, car lorsque les bourgeois se plaignaient, c’était devant les officiers de l’abbé; s’ils en appelaient à un alderman, celui-ci était nommé par l’abbé et recevait de scs mains le cor, symbole de l’office qu’il devait remplir.

Comme dans les grandes révolutions sociales, ce fut par des progrès lents et silencieux qu’on sortit de cette servitude. Il semble même que beaucoup de ces progrès aient passé inaperçus. Quelques coutumes oppressives, comme la pêche des anguilles, furent transformées en une simple taxe ; d’autres, comme l’asservissement des foulons et l’impôt du chanvre, ont simplement disparu, tantôt par l’usage, tantôt par des omissions et des oublis volontaires ou involontaires , ici par une lutte momentanée , là par un présent fait à un abbe nécessiteux, et la ville peu à peu conquit sa liberté. Cependant le progrès ne fut pas toujours inconscient, et un inci-

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