‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 65 sur 255 · LE RÉVEIL RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LE RÉVEIL RELIGIEUX

dent de l’histoire d’Edmundsbury est remarquable en ce qu’il n’indique pas seulement un progrès dans les institutions, mais la naissance d’un sentiment moral nouveau, et la conscience du droit de tous à une justice égale. Les bourgeois avaient pu conserver leur ancienne coutume de se réunir en conseil pour le gouvernement de la ville. La justice était rendue en leur présence, et les accusés étaient condamnés ou acquittés par le serment de leurs voisins. En dehors des limites du bourg, le pays était au contraire sous la juridiction normande, et les tenanciers ruraux qui dépendaient de la cour du cellerier du monastère étaient soumis au jugement par bataille. L'exécution d'un fermier nommé Ko bel, qui était soumis à celte juridiction féodale, lit sentir le contraste des deux systèmes. 11 parait avoir été innocent du crime dont on l’accusait, mais le combat lui fut contraire, et on le pendit aux portes de la ville. Les reproches des bourgeois firent comprendre aux fermiers l’injustice de leur loi. « Si Kebel, leur disait-on, avait habité la ville, il aurait été acquitté par le serment de ses voisins, conformément à notre droit. »

Les moines eux-mêmes furent bientôt amenés à mettre leurs tenanciers sous la même juridiction que les habitants de la ville, ctlameme franchise fut étendue sur tous les domaines ruraux de l’abbé : les fermiers vinrent désormais à la maison de ville se faire inscrire sur le registre de l’alderman et payer la taxe urbaine, le lown penny .

Le réveil religieux. — La révolution morale qu’indiquent de tels faits fût suivie d’un réveil religieux qui a marqué de son sceau le règne de Henri Ier. Les évêques établis par Guillaume étaient pieux, instruits et énergiques, mais ils n’étaient pas Anglais. Jusqu’au temps de Beeket, aucun Anglais n’occupa le siège de Ganterbury ; jusqu’à Jocelyn, sous le règne de Jean, aucun Anglais n’occupa le siège de Wells. Par son langage, ses manières, ses sympathies, le haut clergé était donc complètement séparé du bas clergé et du peuple, et l’influence de l’Eglise, soit sur les institutions, soit sur la vie religieuse de la nation, se trouvait paralysée, Lanfranc exerça, il est vrai, une grande influence personnelle sur Guillaume le Conquérant, mais Anselme fut seul dans sa lutte contre Guillaume le Roux, et nulle autre voix ne s’éleva sous le règne de Henri en faveur de la liberté ecclésiastique.

Mais à sa mort et pendant le gouvernement d’Etienne, le peuple, abandonné à lui-même, fut remué pour la première fois par un de ces grands mouvements religieux que l’Angleterre devait traverser plus tard à plusieurs reprises, à la voix des Frères prêcheurs, à celle des Lollards et de W ieliff, sous l’influence de la Réformation, de l’enthousiasme puritain ou des missionnaires wësleyens. Partout dans les villes et dans les campagnes, les hommes se réunissaient pour prier; les ermites remplissaient les bois, et les austères Cisterciens, moines réformés de l’Ordre des Bénédictins, se

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