‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 66 sur 255 · LA RENAISSANCE DE L’ESPRIT ANGLAIS · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE DE L’ESPRIT ANGLAIS

répandaient dans les forêts et les landes du Nord, et étaient accueillis par le noble et par le vilain. Un nouvel esprit de dévotion réveilla la torpeur des maisons religieuses et pénétra également dans le château du noble Gauthier d’Espec à Rievaulx et dans la boutique de Gilbert Iîecket à Cheapside.

Londres prit une part active à ce réveil. Cette cité était fière de sa dévotion, de ses treize églises abbatiales et de ses cent églises paroissiales. Sous la nouvelle influence religieuse, elle se transforma encore. Au milieu de la ville, l’évêque Richard faisait continuer une grande cathédrale commencée par l’évêque Maurice. Des navires remontaient la rivière, apportant de Caen les pierres qui devaient servir pour les grandes arches et excitaient l’étonnement du peuple, tandis qu’on nivelait des rues et des ruelles pour préparer Remplacement du grand cimetière de Saint-Paul. Le ménestrel du ltoi, Raliere, éleva le prieuré de Saint-Barthélemy près de Smithfield. Alfune construisit Saint-Giles à Cripplegate, et l’ancienne « Cnihtena gild » anglaise céda son domaine d’Aldgate pour qu’on pût y élever le prieuré de la Sainte-Trinité.

L’histoire de cette maison peint admirablement l’état des esprits de cette époque. Le fondateur, le prieur Norman, avait pour la construction de l’église et du cloître, pour Rachat des livres et des ornements, dépensé avec tant de libéralité qu’il ne resta plus au couvent de quoi se procurer du pain. Les chanoines étaient à bout de ressources. Un dimanche, comme les gens de la ville passaient en procession dans le cloître, ils aperçurent dans le réfectoire les tables mises, mais sans un morceau de pain. « Voilà un beau service, s’écrièrent-ils, mais d’où viendra le pain? Les femmes présentes firent vœu d’apporter une miche chaque dimanche, et, à partir de ce jour, il y eut assez et de reste pour le prieuré et ses hôtes.

La puissance de ce mouvement religieux nous est révélée par le caractère des hommes qui en sortirent. C’est Anselme ou Jean de Salisbury, ce sont encore Théobald ou Thomas, qui se succédèrent à Canterbury après la mort de Henri. Tous ces prélats, malgré leur pouvoir, étaient mus par la même inspiration désintéressée et menaient une vie sainte et pure. Les institutions elles-mêmes subirent l’influence du réveil. Le jour où le peuple et les prélats furent unis dans un élan commun, l’Eglise commença à s’affranchir des liens qui la paralysaient. A la fin du règne de Henri, elle se montrait capable de lutter contre l’anarchie : sa puissance n’a pas cessé depuis lors de se faire sentir dans l’histoire d’Angleterre.

Administration de Henri. — Ce réveil du sentiment anglais ne rencontra chez le Roi qu’une froideur ombrageuse. Cependant l'enthousiasme qu’avait excité son mariage lui permit de défier les prétentions de son frère et la malveillance des nobles. Robert débarqua comme son père à Pevensey, mais il se trouva bientôt aux prises avec l’armée anglaise

ADMINISTRATION DE HENRI Ier.

qu Anselme avait rassemblée autour du Roi, et fut obligé de battre en retraite.

Henri put alors se tourner énergiquement contre les barons. Robert de Belesme, fils de Roger de Montgommery, était leur chef; mais six mille fantassins suivirent le Roi à travers les rudes défiles de Shrewsbury, et Robert ne sauva sa vie qu’en rendant presque immédiatement les armes (1103).

Maître de son royaume et enrichi par les confiscations faites sur les barons révoltés, Henri passa eu Normandie, où le mauvais gouvernement de Robert avait mécontenté le clergé et les commerçants, et où les violences des nobles avaient forcé les classes plus paisibles à implorer l’aide du Roi. Les deux armées se rencontrèrent à Tincliebray, et une victoire décisive des Anglais sur le sol normand vengea la bonté de Hastings ( 1 106). Le duché conquis fut mis sous la dépendance de la couronne d’Angleterre, au grand préjudice de celle-ci, car, pendant un quart de siècle, les forces de Henri s’épuisèrent contre les révoltes des Normands, l’hostilité de la France et les efforts que fit Guillaume, fils de Robert, pour reprendre la couronne ducale perdue à Tincliebray.

En Angleterre du moins, la paix régnait. La ferme administration de Henri Ier réalisait dans ses moindres détails le système de gouvernement qu’avait esquissé le Conquérant. Les vastes domaines confisqués par la couronne à la suite des révoltes furent accordés à d'autres hommes dépendants de la faveur royale, tandis que les villes, grâce aux chartes octroyées par le Roi et à la fondation des corporations, devenaient assez puissantes pour contre-balaneer le pouvoir que la féodalité possédait dans les campagnes. Une nouvelle organisation delà justice et des finances soumit tout le royaume à l’autorité de la couronne. Les clercs de la chapelle royale formèrent un corps de secrétaires ou ministres du Roi sous la direction d’un chancelier. Au-dessus d’eux était le justicier ou lieutenant général du royaume, qui, dans les fréquentes absences du Roi, agissait comme régent. Ce lieutenant était à la tête d’un conseil formé de barons alliés à la maison royale et composant la Cour d’appel suprême ou Cour du Roi. Celle-ci fut permanente et remplaça le tribunal des vassaux du Roi qui jusqu’alors ne se réunissait que trois fois par an. En tant que conseil royal, elle révisait et enregistrait les lois ; et l’obligation pour le Roi de demander son avis et son consentement, bien qu’elle fût une pure formalité, maintenait le principe de l’ancienne législation populaire. En tant que Cour de justice, elle était la plus haute Cour d’appel; sur la demande d’un plaideur, elle pouvait évoquer n’importe quelle cause à sa barre; et, chacun de ses membres ayant sous sa surveillance plusieurs shériffs, elle se trouvait ainsi mise en relation avec les tribunaux locaux. En tant que corps financier, son rôle principal était de répartir et de recueillir les impôts pour la couronne. Comme telle, elle prenait le nom de Cour de C échiquier , à cause

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