LA RENAISSANCE DE L'ESPRIT ANGLAIS
de la table à carreaux ressemblant à une table d’échecs, sur laquelle elle réglait les comptes, et chacun de ses membres portait le titre de « baron de l’Echiquier » . Deux fois par an, le shériff de chaque comté se présentait devant les barons et leur remettait le revenu des domaines royaux. C’était d’abord la taxe du Danegeld, puis les amendes perçues par les tribunaux des comtés, et enfin l’aide féodale des nobles, qui formait le plus important des revenus de la couronne. Les barons de l’Echiquier étaient obligés de se rendre dans les comtés, soit pour régler les difficultés relatives aux aides féodales, soit pour fixer la taxe duc par les villes; ces tournées fiscales amenèrent des tournées judiciaires, tournées qui, aujourd’hui encore, forment un trait si particulier du système judiciaire de l’ Angleterre.
La Blanche Nef (1120). — Henri fut distrait de ces réformes intérieures par une terrible catastrophe qui mit en question la succession au trône. Son fils Guillaume et l’Ætheling » , comme les Anglais appelaient tendrement le fils de leur Mathilde, avait accompagné le Roi avec une nombreuse suite à son retour de Normandie. Mais la Blanche Nef, sur laquelle il s’était embarqué, s’attarda au rivage après le départ du vaisseau royal, et les jeunes gens excités par le vin se penchaient sur le bord du navire et repoussaient les prêtres qui voulaient leur donner la bénédiction. A la fin, les gardes qui entouraient le prince hâtèrent le départ, et le navire, sous l’effort de ses cinquante rameurs, se mit à glisser lentement vers la haute mer. Tout à coup, le flanc du navire heurta contre un rocher à la sortie du port, et la Blanche Nef sombra soudain dans les flots. Un cri unique et terrible fut entendu à travers le silence de la nuit jusqu’à la flotte royale, mais ce fut au matin seulement que le Roi apprit la fatale nouvelle* Il tomba sans connaissance, et depuis on ne le vit plus jamais sou rire.
Henri n’avait pas d’autre fils, et tout le cercle de ses ennemis étrangers se resserra plus menaçant autour de lui, maintenant que le fils de Robert devenait son héritier naturel. Mais le Roi haïssait Guillaume. Toutes ses affections se concentrèrent sur Mathilde, la fille qui lui restait et qui, veuve de l’empereur Henri V, était revenue auprès de son père. Il la reconnut comme son héritière, malgré T étonnement que ce choix soulevait parmi les barons. Les nobles et le clergé durent plier devant la volonté royale et jurer fidélité a leur future souveraine que Henri fiança au fils du seul ennemi qu’il redoutât, le comte d’Anjou .