CHAPITRE VII
L’ANGLETERRE ET L’ANJOL1.
Les comtes d’Anjou. — Pour comprendre l’histoire d’Angleterre sous la domination angevine, il faut connaître d’abord les Angevins eux-mêmes.
Le caractère et la politique de Henri il et de ses fils leur furent légués par leurs ancêtres, aussi bien que le pays dont ils sortaient. Les destinées de l’Angleterre avaient été peu à peu identifiées avec celles de l’Anjou, à mesure que ses comtes, descendants d’un braconnier breton et maître de l’Anjou, s’emparèrent de la Touraine, du Maine, du Poitou, de la Gascogne et de l’Auvergne, de l’Aquitaine et de la Normandie, et enfin du grand royaume où régnaient les Normands. La légende de leurs ancêtres nous fait remonter jusqu’au temps d’Alfred, lorsque les Danois dévastaient le pays de la Loire, comme ils ravageaient les bords de la Tamise. Sur la frontière bretonne, dans le pays limitrophe que se disputaient la France et la Bretagne, habitait Tortulf le forestier, tantôt brigand, tantôt chasseur selon la fortune, menant, dans les bois près de Rennes, une vie libre et sans loi. A cette rude école, Tortulf apprit a à frapper l’ennemi, a dormir
1 Sources : Les principaux documents que nous avons sur l’histoire angevine ont été réunis dans les a Chroniques d’Anjou * publiées par la Société de l’histoire de France (Paris, 1836). La plus connue, les Gesta Comitum , est une compilation du douzième siècle (donnée aussi par d’Achery dans le Spicilège , édit. in-4°, vol. X, p. 534). Sauf pour les règnes de Geoffroy Martel et de Foulques de Jérusalem, elle est presque sans valeur. La courte autobiographie de Foulques Rechin est ce que nous possédons de plus authentique sur les commencements de l’histoire angevine; on trouve beaucoup de renseignements dans l’ouvrage prolixe de Jean de Marmoutiers sur Geoffroy le Bel. Pour l’Angleterre, Orderic et la chronique anglo-saxonne ne nous conduisent que jusqu’au milieu du règne d’Etienne. C’est aussi à cette époque que s’arrêtent Guillaume Malmesbury, Henri de Huntingdon, les Gesla Stephani, annales détaillées, publiées par un des clercs d’Étienne, et les Chroniques d’Hexham si précieuses pour le commencement de ce règne. (Publiées par M. Raine pour la Surtees Society.) Il y a ainsi, dans la littérature historique de l’Angleterre, une lacune qui s’étend jusqu’aux premières années du règne de Henri IL Les Vies et lettres de Becket, publiées une première fois, mais sans ordre, parle DrGiles, ont été beaucoup mieux éditées par M. Robertson dans les Scriptores verum Britannicarum .