GRANDEUR DE L’ANJOU
ecclesiastiques, fut saisi île crainte à l’idée que la fin du monde approchait et partit pour le saint sépulcre. On le vit traverser les rues de Jérusalem pieds nus, la corde au cou, se faisant llagcllcr durement et sollicitant, par scs cris de pénitence, le martyre et le pardon (10 15). Au retour, il n’en reprit pas moins ses anciens errements. 11 récompensa la fidélité d’Herbert du Mans, qui le sauva de la ruine, en le retenant captif et en s’appropriant ses biens.
Il s’assura l’alliance craintive du roi de France en envoyant douze assassins tuer sous ses yeux le ministre qui avait semé la discorde entre eux. Bien que dans ce temps-là on fut familiarisé avec la trahison, la rapine et le sang, le froid cynisme de ses crimes faisait horreur, et l’on croyait que la colère du ciel avait réuni dans Foulques le \Toir toutes les plus odieuses formes du mal. Mais ni la colère du ciel, ni les malédictions des hommes n’interrompirent un seul instant, pendant cinquante années, le cours de ses succès.
Grandeur de l’Anjou. — A l’avénement de Foulques Nerra, la province d’Anjou était la moins importante des grandes provinces de France; à sa mort, elle tenait le premier rang, sinon en étendue, du moins en puissance. Foulques était un homme plein de sang-froid, à l’esprit ouvert, prompt à résoudre, plus prompt encore à frapper. Sa carrière ne fut qu’une longue suite de victoires sur tous ses rivaux. Général consommé, il avait la bravoure personnelle qui fut parfois refusée à quelques-uns de ses plus illustres descendants. Dans une des premières batailles qu’il livra, il y eut un moment où la journée semblait perdue pour les Angevins. Une retraite simulée par les Bretons avait entraîné les cavaliers angevins dans une embuscade, et le comte lui-même fut jeté rudement à terre. Sortant alors de la mêlée, il se glissa presque seul jusqu’à l’ennemi, fondit sur lui a comme un ouragan qui balaye un champ de blé » , dit le chant de victoire des Angevins, et resta maître du terrain.
A ces qualités de guerrier, il ajoutait des capacités d’oi’ganisateur politique, une force de conception, une profondeur et une largeur de vxxes, des facultés d’hommes d’État, tout à fait xemarquables. Ses descendants héritèrent de ces dons qui les élevaient intellectuellement au-dessus de tous les souverains de leur époque, tandis que leur dégradation morale les abaissait axx-dessoxxs du niveau de l’homme. A la suite de sa victoire sur la Bretagne à Conquereuil (992), il s’empara peu à peu de la Touraine méridionale, et son activité dévorante coxxvrit le pays de châteaux et d’abbayes. La sombre tour de Durtal qu’il fit construire dans la vallée ensoleillée du Loir, s’y dresse encore aujourd’hui comme un symbole de ce prince farouche. Par la brillante victoire de Pontlevoi (1016), il écrasa la maison rivale de Blois; la prise de Saumur compléta ses conquêtes au sud, et par des efforts successifs il s’empara de toute la Touraine septentrionale, à l’exception de Tours. Enfin, la perfide capture du