L’ANGLETERRE ET L’ANJOU
comte Herbert Eveille-chien lui livra le Maine; mais il ne devait pas jouir de ce dernier succès; la mort vint le frapper au même moment, et le pouvoir passa à son fils.
Comme guerrier, Geoffroy Martel (1039-1060) était presque à la hauteur de son père. Une victoire décisive arracha Tours au comte de Mois, une seconde victoire mit le Poitou à sa merci, et la prise du Mans P amena à la frontière normande. Là, comme nous Pavons vu, il fut arrêté par le génie de Guillaume le Conquérant, et, après sa mort, la grandeur de l’Anjou fut momentanément ébranlée.
Le mariage angevin. — L’incapacité du nouveau comte, Foulques Rechin, qui fut dépossédé du Maine par les Normands, et les dissensions, laissèrent l’Anjou sans défense contre ses rivaux des bords de la Seine. Mais à l’avénement de son fils, Foulques de Jérusalem ( 1 109- 1129), nous voyons reparaître l’énergique administration des anciens comtes.
Tantôt poussant la noblesse normande à se révolter contre son roi, tantôt excitant Guillaume Cliton, fils de Robert, contre son oncle, toujours prêt à soutenir le roi de France contre la Normandie et ses alliés, Foulques inspirait une véritable crainte à Henri Ier. Ce fut pour mettre un terme à cette hostilité opiniâtre que le Roi accorda la main de sa fille Mathilde au fils de Foulques, Geoffroy le Bel.
Aucun mariage ne pouvait être plus impopulaire, et les barons profitèrent du mystère dont on l’entoura pour se déclarer libérés du serment prêté à Mathilde. De même qu’aucun baron (s’il n’avait pas de fils) ne pouvait marier sa fille sans le consentement de son seigneur, de même ils prétendaient que leur assentiment était nécessaire au mariage de Mathilde. Mais les vraies difficultés vinrent du caractère même de Geoffroy le Bel, surnommé Plantagenet à cause d’une branche de genêt qu’il avait l’habitude de porter à son casque. Ses prétentions ambitieuses l’amenèrent à conspirer avec les nobles Normands, et obligèrent Henri à venir en liàte à la frontière pour repousser l’invasion. Mais la coalition se dispersa à sa vue, les Angevins battirent en retraite, et le vieillard se retira dans la forêt de Lyons, où il mourut (1135).
Étienne de Blois. — a Que Dieu lui donne» , écrit l’archevêque de Rouen de son lit de mort, « Dieu lui donne la paix qu’il aimait. » Mais la tranquillité dont l’Angleterre avait joui sous la domination normande finit avec Henri. A la nouvelle de sa mort, des troubles éclatèrent; et, au milieu de l’anarchie générale, son neveu, le comte Etienne, se présenta aux portes de Londres.
Etienne était petit-fils du Conquérant par sa mère Adèle, qui avait épousé un comte de Blois. 11 avait été élevé à la cour d’Angleterre, et la popula-
rité dont il jouissait favorisa ses prétentions à la couronne. Depuis la mort, en Flandre, du fils de Robert, il était, en exceptant son frère, l’héritier mâle le plus proche parent du Conquérant. Simple homme d’épée, sa bonne humeur, sa générosité, sa prodigalité même, en avaient fait le favori de tous. Cependant aucun noble n’avait encore osé se joindre à lui, aucune ville ne lui avait ouvert ses portes, quand Londres tout entier l’accueillit avec des acclamations enthousiastes. Comme il ne s’y trouvait alors ni baron ni prélat pour constituer une assemblée nationale, la grande cité n’hésita pas à prendre leur place. Depuis longtemps, il est vrai, la voix des citoyens de Londres avait été acceptée comme représentant le suffrage populaire lors de l’élection des rois, mais le fait que Londres s’arroge à elle seule le droit d’élection marque nettement les progrès faits par la liberté anglaise sous Henri Ier.
Rassurés par l’absence des conseillers reconnus de la couronne, « les aldermen et les hommes sages se réunirent en conseil, et, pourvoyant de leur propre volonté au bien du royaume, ils résolurent à l’unanimité de choisir un roi » . Cette déclaration solennelle fut suivie du choix d’Étienne : les citoyens jurèrent de défendre leur roi au prix de leurs biens et de leur sang. Étienne, de son côté, promit d’employer toutes ses forces à la pacification et au bon gouvernement du royaume.
Étienne et les barons. — Si Londres fut fidèle à son serment, Étienne trahit le sien. Les vingt ans de son règne furent des années de désordre et d’anarchie comme l’Angleterre n’en connut jamais en d’autres temps. Tout d’abord, Étienne avait été reconnu même par les partisans de Mathilde, mais sa faiblesse et sa prodigalité laissèrent bientôt le champ libre aux révoltes de la féodalité. Délivrés de la main ferme de Henri, les barons fortifièrent leurs châteaux, et cet exemple fut nécessairement imité par les grands prélats et parles nobles ministres du feu roi qui sentirent le besoin d’être à même de se défendre à leur tour. Roger, évêque de Salisbury, était à la tête de ce parti qui devenait puissant, lorsque Étienne, sortant tout à coup de son inaction, s’empara de Roger à Oxford et le retint en prison jusqu’à ce qu’il eût consenti à livrer sa forteresse. La violence du Roi dans cette occasion le priva de l’appui du clergé, ce qui permit à Mathilde de débarquer en Angleterre.
Le pays se divisa alors entre les deux rivaux : l’Ouest soutenant la comtesse, et Londres et l’Est défendant Étienne. Celui-ci, battu à Lincoln (1141), fut fait prisonnier par ses ennemis. Mathilde entra dans Londres et fut reçue dans tout le pays comme sa « Dame » (Lady); mais le dédain avec lequel elle repoussa les prétentions de la cité à conserver ses anciens privilèges, souleva les bourgeois et leur mit les armes à la main. Elle s’enfuit à Oxford, où Etienne, qui avait obtenu sa liberté, vint l’assiéger (1142). Elle réussit cependant à s’échapper par une poterne et,