MORT DE HENRI II
de tout le système des ordalies qui amena rétablissement de ce qu’on appelle le « jury » {peif7J jury)y jugeant définitivement l’accusé. L’ordonnance de Clarendon fut encore développée par celle de Nortliampton (1176), publiée comme instruction aux juges après la révolte des barons. Henri, comme nous l’avons dit, avait rétabli la cour du Roi et les tournées judiciaires. A Rassemblée de Nortliampton, il rendit cette dernière institution permanente et régulière en divisant le royaume en six districts, et en assignant trois juges itinérants à chaque district. Les tournées ainsi définies correspondent à peu près à celles qui existent de nos jours. Le butprincipal de ces tournées était sans doute un but financier, mais leurs fonctions judiciaires devinrent plus importantes lorsque tous les privilèges féodaux furent abolis et que nobles et vilains tombèrent sous leur juridiction. Ce système offrait le danger de faciliter la corruption judiciaire. Les abus furent même tels, que Henri fut bientôt obligé de réduire à cinq le nombre des juges (1178), réservant au Roi dans son conseil le droit déjuger les appels de leurs jugements.
C’est de cette haute cour d’appel que dérivent les pouvoirs exercés aujourd’hui par le conseil privé, ainsi que la juridiction du chancelier. Dans le siècle suivant, ce conseil devint le grand conseil du royaume, dont le conseil privé hérita son pouvoir législatif, et la Chambre des lords son caractère judiciaire. Plus tard encore le conseil de Henri donna naissance# la cour de la Chambre étoilée et au comité judiciaire du conseil privé. La cour du Roi qui devint inférieure à cette haute juridiction se divisa après la grande charte en trois cours distinctes : le banc du Roi, l'échiquier et les plaids communs, « common plecis » . Ces trois cours, dès la fin du règne de Henri III, eurent chacune leurs juges spéciaux et demeurèrent séparées dans tous leurs travaux.
Mort de Henri II (1189). — Henri était alors, en apparence du moins, maître absolu de tout son royaume, auquel fut annexée l’Irlande, à la suite d’une invasion dont nous parlerons plus tard. Mais les querelles et les révoltes de ses fils vinrent troubler ses dernières années. Les morts successives de Henri et de Geoffroy furent suivies d’intrigues entre Richard, à qui l’on avait confié l’Aquitaine, et Philippe II, qui avait remplacé Louis VII surle trône de France.
On finit par en venir aux mains. Richard, qui avait rendu hommage a Philippe, réunit ses forces à celles du roi de France pour attaquer le Mans* que Henri II venait de quitter pour fuir en Normandie. Henri s’arrêta sur une hauteur et jeta un dernier regard sur la ville en flammes, sa ville natale qu’il aimait tant. Le vieux roi exhala sa douleur en malédictions contre Dieu : « Puisque tu m’as pris la ville que je préférais, celle où je suis né, où j’ai été élevé, où mon père est enterré, je me vengerai de toi, tu n’auras pas ce que tu aimes le mieux en moi. » La mort planait
HENRI II
sur lui, et, sentant sa fin approcher, il désira ardemment retourner au pays de ses pères. Il était à Saumur quand Tours fut pris. Tombé lui même aux mains de ses ennemis, il fut forcé d’implorer sa grâce. On lui remit la liste de ceux qui avaient conspiré contre lui. En tête se trouvait son plus jeune fils, son fils préféré, Jean. « Maintenant « , dit-il en se tournant vers la muraille, « tout m’est indifférent, moi-même, et le monde. » Il fut transporté à Chinon sur les eaux argentées de la Vienne, et murmurant : c.' Honte, honte sur un roi vaincu! » il s'éteignit tristement.