‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 80 sur 255 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

* Richard Ier. — Nous ne suivrons pas Richard dans la croisade qui occupe le commencement de son règne (1190-1194), pour laquelle il laissa F Angleterre sans guide pendant quatre ans. Nous ne ferons que mentionner ses querelles en Sicile, sa conquête de Chypre, sa victoire à Jaffa, sa marche sur Jérusalem, la trêve qu’il conclut avec Saladin, son naufrage au retour, et ses deux captivités en Allemagne. Libéré enfin, il se trouva entouré de dangers dont il mesura rapidement l'importance.

Sans avoir la circonspection de son père ou la finesse politique de Jean, Richard était cependant fort supérieur au rôle de simple guerrier qu'il avait joué jusque-là. La passion des aventures, une orgueilleuse confiance dans ses forces physiques, par moments une générosité romanesque, se mêlaient singulièrement en lui à la ruse, à l'indélicatesse, à la violence dosa race ; mais il était avant tout un homme d'Etat, calme et patient dans Y exécution de ses plans autant que hardi dans leur conception. « Le diable est làclié, prenez garde à vous » , écrit à Jean le roi de France quand il apprend la délivrance de Richard.

Philippe, dont l'ambition remuante était excitée par toutes les insultes qu'il eut à subir pendant la croisade, avait profité de l'emprisonnement de Richard pour s'emparer de la Normandie. Jean, traître à son frère comme il l'avait été à son père, s’était joint à lui, tandis que les seigneurs d'Aquitaine, fatigués de la turbulence des mercenaires angevins, irrités de l’avidité des administrateurs normands, impatients aussi de leur sévère gouvernement et de leur stricte justice, se révoltaient sous la conduite de Bertrand de Born. Le peuple ne montra aucun sentiment de fidélité envers le Roi. L'Anjou lui-même, le berceau des Plantagenets, se tourna vers

1 Sources : Outre les sources mentionnées dans le chapitre précédent, la Chronique de Richard de Decizes et Y Itinerarium regis Ricardi , publié par le professeur Stubbs, sont utiles pour le règne dj Richard. Les principales sources françaises : Rigord et Guillaume le Breton, ont été publiées par M. F. Delaborde pour la Société de V Histoire de France .

Philippe aussi facilement que le Poitou. L’Angleterre, déjà épuisée par l’impôt levé pour la rançon de Richard, était irritée contre lui, car à son retour il avait annulé toutes les ventes par lesquelles il s’était procuré les fonds nécessaires à la croisade. Tout d’abord Richard ne put que tenir Philippe on échec à la frontière normande, mettre la main sur son trésor à Frète val, et réduire à l’obéissance les rebelles d’Aquitaine (1194-1196). Une trêve, que ces succès arrachèrent à Philippe, permit à Richard de se préparer au coup décisif qu’il allait frapper.

Le Château-Gaillard. — U obtint de l’Angleterre des ressources nouvelles qui vinrent remplir son trésor et lui permirent de corrompre les alliés du roi de France. Les Flamands renoncèrent à la lutte, elles comtes de Chartres, de Champagne et de Boulogne s’unirent aux Bretons révoltés contre Philippe. Olton, neveu de Richard, était l’un des deux prétendants à l’empire, et Guillaume Longchamp d’Ely s’occupait à former une alliance* qui devait armpr les Allemands contre le souverain de Paris. Mais, pour mener à bien ces vastes plans, il fallait être en pleine sécurité au sujet de la Normandie, et Richard s’aperçut bientôt qu’il ne pouvait compter sur son appui. Son père, il est vrai, descendait de Hrolf par Mathilde, mais la domination angevine n’en était pas moins pour les Normands une domination étrangère. Henri avait du reste montré qu’il ne comptait guère sur la loyauté de ses sujets. II. les tenait sous sa severe administration comme l’eût fait un roi étranger, et faisait garder leurs frontières par des troupes étrangères.

Richard ne fît qu’exagérer la politique de son père, 11 était impossible aux Normands d’éprouver une sympathie quelconque pour ce prince angevin qu’ils voyaient à la tête de mercenaires brabançons, établissant a la fi o n f i e i e noi mande un camp ou I on ne rencontrait pas un seul des vieux noms de la noblesse normande, et ou Alercadier, un aventurier gascon, commandait en chef. Richard, sentant qu’un gouvernement militaire pouvait seul maintenir son pouvoir en Normandie, construisit sur la frontière, dans une position très-bien choisie, une nouvelle forteresse : le Château-Gaillard .

Cette forteresse, une des plus remarquables du moyen âge, s’élevait près de Gaillon, à l’endroit où la Seine fait un coude pour former un grand demi-cercle vers le nord, et où la vallée des Andolys vient rompre la ligne de falaises crayeuses qui bordent la rivière. Ce château faisait paitie du vaste camp retranché par lequel Richard comptait couvrir la capitale normande. L’approche du côté de la rivière 'était défendue par un retranchement et un pont de bateaux, par un fort situé sur un îlot, et enfin par une tour que le Roi construisit dans la vallée du Gambon, alors un marais impraticable. A l’angle de cette vallée et de la Seine, sur un monticule isolé formant comme un promontoire à l’extrémité des’ falaises

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