LA PERTE DE LA NORMANDIE
en détruisant le pont de bateaux qui seul réunissait les deux corps. Pendant ce temps, le gros de ses forces se serait jeté sur P arrière-garde des Français dans l’espèce de cul-de-sac formé par la rivière, le pont étant leur seule issue. Si l’attaque s’était effectuée comme elle le devait, Philippe était perdu; mais les deux mouvements n’eurent pas lieu simultanément, et ils furent successivement repoussés.
Cette défaite amena l’anéantissement complet du système militaire par lequel les Angevins avaient gouverné la Normandie. Le trésor dç Jean était épuisé, et ses mercenaires passèrent à l’ennemi. L’appel désespéré qu’il fit à son duché arriva trop tard : les nobles traitaient déjà avec Philippe, et les villes étaient impuissantes à lutter contre les forces françaises. Jean passa en Angleterre, où il chercha inutilement du secours. La reddition de Château-Gaillard après sa vaillante défense livra définitivement la Normandie au roi de France. Les destinées de l’Angleterre y étaient attachées ; aussi les ruines des Andelys ne représentent-elles pas seulement la prise d’une forteresse, mais la chute de tout un système. Du haut de ce sombre donjon, de ses murailles renversées, nous ne voyons pas seulement la jolie vallée de la Seine, mais nous apercevons aussi en pensée les plaines de Runnymede.