‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 83 sur 255 · ET ANGEVINS · texte numérisé non relu

ET ANGEVINS

Le roi Jean, chasse de Normandie, trouva la nation anglaise complètement tranformée. Pour se rendre compte de cette révolution, il faut connaître, au moins dans ses grandes lignes, la littérature de la période que nous venons de parcourir.

La renaissance littéraire. — Depuis le règne de Henri II, qui fut secondé par cette révolution dans sa lutte contre Thomas Becket, la classe des lettrés s’était insensiblement affranchie du joug de l’Eglise. Aux premiers siècles de l’histoire anglaise, la littérature se développe en paix, à l’ombre des cloîtres, protégée par les privilèges ecclésiastiques contre les violences et la grossièreté du monde barbare ; aussi togs les écrivains, depuis Bède jusqu’aux rois angevins, étaient-ils clercs ou moines, à l’exception d’Alfred et d’Æthelweard. Plus tard, c’est encore au clergé que Ton dut le réveil littéraire qui suivit la conquête. Des abbés normands, sortis de l’abbaye du Bec, vinrent alors en Angleterre et prirent possession des plus beaux monastères du royaume; en revanche, ils établirent dans presque toutes les maisons religieuses des scriptoria ou salles de calligraphie ou

1 Sources : Voir pour la littérature générale de cette période : Morlev, les Ecrivains anglais depuis la conquête jusqu'à Chaucer, t. I, p. 2. Pour Giraud de Barri, consulter les deux excellentes préfaces à l’édition de ses OEuvres complètes (Scriptores rerum Britannicavurri) , où IIM. Breiver et Dirnock ont réuni tout ce que fou sait d’authentique sur sa vie. Les Poèmes de Gautier de Map ont été publiés par M. Wright pour la Camden Society ; Layamon, par sir F. Madden.

les moines copiaient et enluminaient les chefs-d’œuvre de la littérature antique et de la littérature nationale, compilaient les vies des saints et tenaient à jour les annales de l’abbaye.

Le mouvement philosophique et religieux provoque en France par saint Anselme ne se produisit pas en Angleterre; on n’y vit paraître aucun ouvrage de théologie ni de métaphysique : chose curieuse! bien conforme au caractère anglais, les écrivains reprirent tout d’abord la tradition des anciens annalistes. A Durham , Turgot et Simeon écrivent en latin des annales nationales s’étendant jusqu’au règne de Henri Ier, et où ils s’occupent surtout des affaires du nord de l’Angleterre. Dans la sauvage contrée qui sépare l’Angleterre de l’Ecosse, les deux prieurs d’Hexham racontent les premières années du règne d’Etienne de Illois. Ce ne sont là, il est vrai, que des notes sèches et sans couleur. Ce n’est que dans le Scriptorium de Canterbury, dans les Vies de saint Elfeg et de saint Dnnstan ^ et dans le récit d’Eadmer sur la lutte d’Anselme contre Guillaume le Roux et son successeur, que se trouvent les premiers indices d’un sentiment patriotique anglais ; il s’accuse davantage encore dans Henri de Huntingdon et dans Guillaume de Malmcsbury ; le premier a eu l’heureuse idée d’intercaler dans sa Chronique, compilation faite à l’aide de fragments de Bède et de la chronique anglo-saxonne, les chants de guerre des premiers conquérants anglais de la Bretagne ; le second , bibliothécaire à Malmcsbury, a recueilli de charmantes ballades populaires sur les rois d’Angleterre; mais ce sentiment patriotique est exprimé avec plus d’énergie encore dans les Dits d* Alfred et dans la Légende de Hereward luttant dans les marécages d’Ely. On sait que ces deux ouvrages remontent probablement au règne de Henri II.

La littérature et la cour. Guillaume de Malmesbury. — Guillaume de Malmesbury est bien le représentant de cette époque de transition de la littérature anglaise, à la tin de la période normande. En lui se personnifie, pour ainsi dire, la fusion des races ; à la fois Anglais et Normand par ses origines, il partage également ses sympathies entre les vainqueurs et les vaincus. Les imitations classiques à la mode de son temps abondent dans ses ouvrages; son style s’en ressent, ainsi que sa méthode de composition. En effet, bien que moine, il laisse de côté les modèles de la littérature ecclésiastique, groupe les faits sans s’astreindre à un ordre rigoureusement annalistique ; il se plaît aux digressions sur la situation de l’Eglise et des Etats de l’Europe ; sa narration est agréable et rapide. En un mot, Guillaume tient un rang fort honorable dans cette école d’historiens philosophes et hommes d’Etat qui se formait sous l’influence de la cour, et qui comptait dans son sein des hommes éminents, tels que l’auteur anonyme de la Chronique dite de Benoît de Peterborough , et son continuateur Roger de Houden. Cette chronique, riche d’informations précises sur les affaires

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