GAUTIER AI A P
politiques en Angleterre et à l'étranger, grâce aux situations élevées occupées dans la magistrature par ses deux auteurs sous Henri II, appuyée sur de nombreux documents officiels, se distingue par sa haute impartialité dans le récit des luttes entre l’Eglise et l’État.
On retrouve cette même modération dans Guillaume de Yewborough, unie à un sens critique très-fin et très-pénétrant; bref, à partir du règne de Henri Ier, la cour devient le centre d’un mouvement littéraire entièrement laïque. Ranulf de Glanville, justicier de Henri II, et Richard FitziVcal, son trésorier de l’Échiquier, ont publié, les premiers en Angleterre, des traités théoriques : l’un sur la législation, l’autre sur l’administration des finances. Quant au roman d’aventures, nous le voyons prendre naissance à la cour de Henri Ier, au moment où la reine Maud fait recueillir les légendes des Visions d’Arthur , si longtemps populaires parmi les Celtes de l’Armorique, et transportées dans le pays de Galles parRhys ap Tcvvdor exilé. Geoffroy de Monmouth s’en servit pour composer son Histoire des Bretons. Mythes, légendes, traditions, pédantisme classique à la mode, rêve d’une prochaine revanche des Gallois sur les Saxons, souvenirs des croisades et de l’empire universel de Charlemagne, se retrouvent pêlemêle dans l’œuvre de ce hardi conteur, qui acquit en peu de temps une immense popularité.
Alfred de Reverlcy s’ingénie â donner â ces rêveries une couleur historique, tandis que Gaimar et Wace, deux trouveurs normands , se contentent de les rimer en langue d’oïl. Elles obtinrent une telle créance en Angleterre que Henri II alla visiter %le tombeau d’Arthur à Glastonbury, et que Geoffroy Plantagenet donna le nom du héros celtique au seul fils que Constance de Bretagne lui ait donné. C’est de là que sortit peu à peu le roman de la Table ronde . En Bretagne, on confondit l’histoire fabuleuse d’Arthur avec l’antique et mystérieuse légende de l’enchanteur Merlin; l’épisode de Lancelot, emprunté à la tradition bretonne par les ménestrels, se transforme peu à peu en chemin, et devient cette légende longtemps populaire du chevalier félon par amour. Les histoires de Tristan et de Gauvain qui n’avaient, à l’ôrigine, aucun rapport avec celle de Lancelot, furent bientôt absorbées à leur tour par le roman d’Arthur ; et lorsque l’Eglise, jalouse de la popularité de ces légendes, invente, pour en neutraliser l’influence, le poëme du Saint- Graal ou vase sacré contenant le sang du Christ et visible seulement pour ceux qui ont le cœur pur, le génie d’un poëte de cour, Gautier Map, mêlant les deux légendes rivales, envoya Arthur et ses chevaliers sur terre et sur mer à la recherche du Saint-Graal, et créa la figure de sir Galahad , le type idéal du chevalier sans peur et sans reproche.
Gautier Map. — A cette période de renouvellement du genre historique et d’épanouissement du roman de chevalerie, qui s’étend de Henri Ier
à Henri II, succède une époque de critique hardie en littérature, en politique, en religion : Gautier Map et Giraud de Barri en sont les plus illustres représentants. Né sur les confins du pays de Galles, Gautier va faire ses études classiques à Paris et devient tour à tour favori du Koi, chapelain de cour, justicier et ambassadeur, montrant autant de souplesse que de fécondité d’esprit. Soit qu’il recueille les indiscrétions et les scandales de son temps dans ses Nugœ C urialium > soit qu’il crée le beau caractère de sir Galahad, c’est toujours la meme facilité, la même verve. Mais il n’est vraiment supérieur que lorsque, abandonnant la littérature d’imagination pour la satire religieuse, il incarne dans P « évêque Goliath» tons les vices du clergé de son temps. On comprend, en lisant ces prétendues révélations et confessions d’un prêtre imaginaire, les causes de la lutte entre Thomas Becket et Henri II. Gautier arrache d’une main hardie le voile qui cachait les hontes du clergé du moyen âge; quel tableau saisissant de son sommeil spirituel, de sa rapacité et de sa secrète immoralité ! C’est à qui se fera la plus grosse part dans cette chasse à l’argent, depuis le Pape jusqu’au prêtre de village. Dieu sait avec quelle âpreté ce qui échappe à l’évêque est happé par l’archidiacre, ce que laisse l’archidiacre est flairé et gobé à son tour par le doyen, tandis que la meute des prêtres subalternes rôde affamée autour des gros pillards. Que de physionomies esquissées en traits justes et rapides! vicaires cumulards, « abbés pourpre a comme leurs vins » , moines goinfres jacassant comme des perroquets au réfectoire : parmi eux se détache en plein relief l’inoubliable figure de Goliath, l’évêque philistin, type de légèreté, d’inconscfence morale, de gourmandise, d’ivrognerie, de luxure, en qui se personnifient pour ainsi dire les turpitudes du clergé tout entier; c’est pour lui que Gautier Map, comme un nouveau David, réserve ses traits les plus acérés. Entendezvous ce Goliath, tenant sa coupc d’une main vacillante, entonner d’une voix rauque cote chanson à boire que des centaines de traductions nous ont rendue familière : « Il faut mourir, mais que ce soit au cabaret, le verre en main! Soulevons jusqu’à nos lèvres la coupe débordante. Lorsque les anges descendront sur terre pour m’arracher au péché, que les chérubins s’écrient en chœur : « Seigneur, ayez pitié de cet imbécile1 ! «
Giraud de Barri. — Même esprit satirique chez Giraud de Barri ; seulement au lieu de s’attaquer comme Gautier Map aux mœurs du clergé anglais, Giraud se tourne contre le système même du gouvernement de son pays. Il a pour ainsi dire créé la littérature populaire et le pamphlet politique et religieux. Gallois d’origine (comme l’indique son nom Giraldus
1 Die I rnust, but let me die drinking in an inn !
liold the wine-cup to my lips sparkling from the bin !
So, ulien angels flutter clown, to take me from my s in : a Ali! God bave mercy on tîiis sot » , the cherubs will begin !