RENAISSANCE DE LA LANGUE ANGLAISE
Cambrensis) , mais allié à la race normande, on retrouve dans sa vie comme dons ses écrits l’ardeur inquiète qui caractérise les Celtes. Étudiant studieux à l’Université de Paris, réformateur zélé au pays de Galles où il fut archidiacre, il se montra tour à tour le plus spirituel des chapelains de cour et le plus intraitable des évêques : enfin ses écrits satiriques lui valurent une brillante réputation parmi ses contemporains, par leur gaieté et leur verve joyeuse. Il assouplit la langue latine, si guindée d’ordinaire, et lui donne quelque chose de l’allure pittoresque et animée du style des jongleurs. Très-familier avec l’antiquité, il dédaigne la friperie pédante des auteurs de son temps : «Il vaut mieux être muet que de 11’être pas compris « , ditil pour excuser la nouveauté de sa manière; « à des temps nouveaux, il faut de nouvelles formes ; aussi foin du style sec de nos vieux auteurs ! il me faut parler la langue de mon temps. » Son traité sur la conquête de l’Irlande et sa description du pays de Galles, qui n’est, en somme, que le récit d’un voyage fait en compagnie de l’évêque Baudouin, donnent une idée très-juste de sa faculté d’observation un peu superficielle peut-être, mais hardie et pleine de bon sens. Il avait ce genre d’esprit léger et brillant qui fait le charme de quelques-unes des correspondances de nos journaux contemporains.
On retrouve cette même originalité dans ses pamphlets; c’est une source toujours jaillissante d’anecdotes et de bonnes plaisanteries; s’il fait une citation, c’est toujours à propos ; naturellement mordant et sagace, la vivacité et la clarté de son style donnaient une grande portée à ses attaques vigoureuses et hardies contre Henri II et son gouvernement. Presque tout ce que l’histoire rapporte de scandaleux sur le Iloi et ses fils,* on le sail par les invectives de Giraud, l’ennemi implacable des rois angevins. Il usa malheureusement ses forces en luttes stériles pour obtenir le siège de Saint-David ; mais quelle puissance de sarcasme dans scs pamphlets qui contribuèrent, plus que tout au monde, à soulever la nation contre la couronne !
Renaissance de la langue anglaise. — Cependant, tous ces ouvrages ne peuvent guère être considérés comme des monuments de la langue anglaise, car, bien que composés par des Anglais, ils ont été écrits en français ou en latin. Banni de la cour et remplacé par la langue latine dans les affaires judiciaires, le vieil anglais avait si bien persisté parmi les vaincus, que Guillaume se crut obligé de l’apprendre pour pouvoir rendre la justice en personne à son peuple. Comme toutes les langues tombées au rang de patois et privées du contrôle d’une littérature écrite, 1 anglais tendait à perdre ses complications grammaticales de genres et de flexions, et à emprunter aux vainqueurs un certain nombre de mots. Nous possédons, il est vrai, un beau monument de la prose anglaise a cette époque, c’est la Chronique anglo-saxonne rédigée par les moines de Peterborougli ;
mais elle fut abandonnée sous le règne désastreux d'Étienne de Blois. Après quoi, stérilité complète pendant près d'un demi-siècle.
Layamon (1200). — La renaissance de la langue anglaise coïncide avec la perte de la Normandie et le retour de Jean dans son île. « Il y avait un prêtre nommé Layamon, fils de Leovenath ; que le Seigneur lui soit clément ! Il habitait Earnley, belle paroisse sur les bords de la Severn (l'endroit n'était pas mal choisi, ce me semble), tout près de Radstone, où il se livrait à l'étude. En lisant, il eut l’idée de raconter les beaux faits de l'histoire d'Angleterre ; d'où venaient ceux qui, les premiers, occupèrent la terre anglaise, et comment ils s'appelaient. » Après avoir parcouru toute l’Angleterre, il découvrit Bède et Wace, ainsi que les livres de saint Albin et de saint Augustin. « Layamon prit ces livres et les feuilleta comme pénétré d'attendrissement (que le Seigneur ait pitié de lui!). Prenant alors la plume, il écrivit sur parchemin, empruntant de côté et d'autre ce qui lui paraissait le plus vraisemblable, et condensa en un volume la matière de trois livres. » L'église de Layamon s'appelle aujourd'hui Areley , près Bewdley (Worcestershire). Son poème n'est, au fond, qu'une amplification du Brut , avec des emprunts faits à Bède. Sans valeur historique, il est précieux comme monument de la langue anglaise. Après les rois normands et angevins, l'anglais se modifia fort peu. C'est tout au plus si, dans trente mille vers, on trouve plus de cinquante mots normands. Layamon conserve l’ancienne forme de Cædmon, l'antique allitération est à peine modifiée par l’emploi de la rime; il se plaît aux comparaisons simples et vigoureuses; ses batailles ont un souffle d'enthousiasme barbare. Ce réveil de l'anglais à la vie littéraire, au moment de la lutte contre le Roi, s’explique tout naturellement. Les formes artificielles, imposées par la conquête, craquent de toutes parts, et une Angleterre nouvelle, enhardie par la verve celtique d'un Gautier Map et par l'audace normande d’un Giraud de Barri, se dresse contre le roi Jean.