L E ROI JEAN
Jean. — « Quelque souillé que soit l’enfer, la présence seule de Jean y serait une souillure. « Ce terrible jugement des contemporains est devenu le verdict de lMiistoire. Jean possédait toutes les brillantes qualités des princes de sa maison. Passionné pour l’étude, il faisait ses délices des œuvres de Pline et s’entourait d’hommes de lettres, parmi lesquels on compte Giraud de Barri; vif, intelligent, aimable, enjoué, il avait un irrésistible pouvoir de séduction sur les hommes comme sur les femmes ; mais au fond quel abîme de corruption ! Il incarnait pour ainsi dire en lui tous les vices de sa famille : insolent, égoïste, monstrueusement débauché, il était naturellement cruel, superstitieux, tyrannique; il mentait effrontément et manquait sans hésiter à toutes les lois de l’honneur. Brutal dès son enfance jusqu’à tirer la barbe, par plaisanterie, à des chefs irlandais venus pour lui rendre hommage; ingrat et perfide à l’égard de son père que sa conduite fit descendre dans la tombe, blanchi avant l’àge, il trahit son frère Richard et fit assassiner son neveu, Arthur de Bretagne; c’était du moins l’opinion généralement répandue dans la chrétienté. Trèsmauvais mari, il abandonna Hawisia de Glocester, et fut infidèle à Isabelle d’Angoulême ; s*' agissait-il d’infliger des supplices, sa cruauté allait jusqu’au raffinement ; par son ordre, des enfants mouraient de faim dans les prisons, et des vieillards étaient écrasés sous des chapes de plomb. Sa cour était un mauvais lieu où toutes les femmes se trouvaient exposées aux obsessions d’un roi toujours prêt à publier la honte de ses victimes. Impie jusqu’au cynisme et grossièrement superstitieux, cet homme qui, par mépris pour les prêtres, tournait le dos à la messe même pendant la
1 Sources : Avant tout, la Chronique de Roger de IVendover, le premier des annalistes de Saint-Alban, refondue plus tard et continuée avec plus de chaleur patrioticjue par Mathieu Paris. A consulter: les Annales de D uns table , de IVaverley et de Barton. La collection des Rôles devient, à partir du règne de Jean, une de nos plus précieuses sources d’information. Voir pour les auf°.urs français le chapitre précédent. Lire aussi la biographie de Langton dans le volume de M. Hook, Lires of the archbishops of Can terbury , et le récit du règne de Jean dans V Histoire d' Angleterre de AI. Pearson, t. h.