LE ROI JEAN
cérémonie de son couronnement, n’aurait jamais voulu se mettre en route sans avoir des reliques pendues autour du cou.
Mais il faut dire que s’il avait les vices de sa race, il en possédait aussi les hautes capacités. Son plan d’attaque pour la délivrance de Château- Gaillard et sa marche rapide qui ruina les espérances d’Arthur à Mirabeau, révèlent un véritable génie militaire; il se montra aussi bien supérieur à tous ses contemporains parla justesse de son coup d’œil politique et la profondeur de ses combinaisons ; on le vit toujours prompt à discerner les difficultés d’une situation et inépuisable en ressources. La ruine même de son pouvoir continental l’amena à former une ligue puissante qui mit Philippe-Auguste à deux doigts de sa perte; il répondit au soulèvement général de l’Angleterre par une alliance effrontée avec la papauté. On a souvent accusé Jean d’incapacité et d’inertie pour expliquer la grandeur de sa chute; l’étude attentive de son règne suffit à le disculper entièrement. La leçon qui ressort de sa vie est d’autant plus éloquente qu’il ne se montra ni faible ni indolent, mais bien le plus habile et le plus audacieux des princes angevins. Il n’en perdit pas moins la Normandie, devint le vassal du Saint-Siège et succomba dans une lutte désespérée contre l’Angleterre, qui combattait pour sa liberté.
L’interdit (1208). — Le Roi ne songeait plus qu’à une seule chose : reconquérir ses possessions continentales. Réunissant à la hâte l’argent et les hommes nécessaires pour secourir les partisans de la maison d’Anjou qui luttaient encore en Poitou et en Guyenne contre les années françaises, il se trouvait déjà à Portsmouth, dès l’été de 1205, à la tête d’une armée, lorsque l’énergique opposition de l’arclievêque primat et du comte Maréchal vint renverser tous ses projets. Cette Gère attitude des chefs de la noblesse et du clergé si profondément humiliés sous Henri II, était la manifestation des idées de liberté et d’indépendance nationale qui s’étaient formées dans l’entourage même du Roi. Jean se préparait à entrer immédiatement en lutte, lorsque la mort inattendue de l’archevêque Hubert Gautier très-peu de jours après cette protestation, vint lui offrir l’occasion de neutraliser l’opposition de l’Eglise en plaçant à sa tête une de ses créatures; aussi pria-t-il les moines de Canterhury de porter leur choix sur Jean de Grey, évêque de Norivich, qui fut immédiatement intronisé comme primat du royaume. Dans une réunion préliminaire, il est vrai, le chapitre avait désigné comme archevêque le sous-prieur Reginald. Les deux compétiteurs en appelèrent à la cour de Rome, dont le jugement trompa toutes leurs prévisions et celles du Roi.
Innocent III, qui occupait alors le Saint-Siège, avait poussé plus loin qu’aucun de ses prédécesseurs les prétentions de la papauté à la suprématie sur le monde chrétien; aussi résolut-il d’affranchir l’Église d’Angleterre de la tyrannie du pouvoir royal ; et, cassant les deux élections contes-