DÉPOSITION DU ROI JEAN
tées, il donna l’ordre aux moines qui se trouvaient à Rome d’élire en sa présence Étienne Lan g ton au siège archiépiscopal de Canterbury. C’était un excellent choix : Langton, devenu cardinal grâce à la sainteté de sa vie et à son grand savoir, mérita plus tard de prendre rang parmi les plus grands patriotes anglais ; mais qu’y avait-il de plus injuste en soimême qu’une aussi violente usurpation sur les droits de l’Église et sur ceux de la couronne? Le Roi prit dès l’abord une attitude de défi, et, rendant menace pour menace, il jura que si le Pape jetait l’interdit sur le royaume pour l’obliger à mettre Langton en possession de son siège, il bannirait le clergé et ferait mutiler tous les Italiens arrêtés dans l’étendue du territoire anglais.
Innocent cependant n’était pas homme à reculer, et l’Angleterre fut mise en interdit. Aussitôt, plus de culte, sauf pour quelques Ordres privilégiés ; plus de sacrements, sauf celui du baptême, que l’on administrait à domicile ; les cloches des églises restent muettes, les cadavres gisent à terre, sans sépulture Kn réponse, le Roi confisque les biens des membres du clergé qui observaient l’interdit, et les soumet malgré leurs privilèges à la juridiction des tribunaux royaux; il laisse souvent impunis les outrages envers les gens d’église. Comme on amenait un jour devant le roi Jean un Gallois accusé du meurtre d’un prêtre : « Laissez-le donc aller, dit le Roi, il a tué mon ennemi.?)
Deux années se passèrent avant que le Pape frappât directement le Roi d’une nouvelle sentence d’excommunication. Quand il fut officiellement rejeté du giron de l’Eglise, Jean ne se laissa pas intimider. Cependant cinq évêques s’enfuirent sur le continent, et l’on sentait sourdre dans tout le royaume comme un secret mécontentement ; pourtant personne n’osait encore éviter ouvertement la présence de Jean. Un archidiacre de Yorivich fut écrasé sous une chape de plomb pour avoir quitté le service du Roi : nobles et prélats se le tenaient pour dit.
11 ne restait plus qu’une seule arme aux mains d’innocent III : la déposition. Un roi excommunié perd par ce fait même son caractère de chrétien, et tous ses sujets se trouvent ainsi déliés du serment de fidélité. Les papes avaient dès lors affirmé leur droit, comme chefs spirituels de l’Eglise, d’ôter la couronne à un roi excommunié et de la donner à un plus digne.
Déposition du roi Jean (1212). — C’est ce droit dont Innocent lit l’application, en déposant le roi Jean et en prêchant contre lui une croisade dont il confia le commandement à Philippe-Auguste. Ce nouvel acte d’autorité du Pape ne rencontra chez Jean qu’indifférence et mépris; il alla même, dans son insolent dédain, jusqu’à laisser le diacre romain Pandolphe proclamer sa déposition, en sa présence même, à Northampton. A son appel, une formidable armée se réunit sur les collines de Barham, et la flotte anglaise dissipa tout danger d’invasion de la part de Philippe-