NOUVEAUX PROGRÈS DE LA CONQUETE ANGLAISE
ne voulait pas payer ramomle, devenait le serf du plaignant ou du roi. Parfois même, un père, pousse par la famine, vendait comme esclaves sa femme et ses enfants. L’esclave faisait partie des troupeaux de son maître, qui, à sa mort, le léguait à ses héritiers aussi bien que le cheval ou l’àne, dont la progéniture était gardée avec autant de soins que la sienne. Les enfants étaient esclaves comme lui; ceux qui avaient eu pour père un homme libre et pour mère une esclave héritaient de la condition de leur mère. « Le veau né de ma vache est à moi » , disait un proverbe anglais.
Les cabanes des esclaves entouraient les demeures des hommes libres, comme elles avaient jadis entouré les villas des nobles romains. Laboureurs, bergers, gardeurs de chèvres ou de porcs, bouviers, laitières, moissonneurs, semeurs, gardes champêtres, gardes forestiers étaient tous des serfs. Cet esclavage différait de celui que nous avons connu dans les temps modernes, en ce que le fouet et les fers étaient rarement employés; lorsqu’il arrivait de tuer un esclave, c’était dans un mouvement de colère, on ne le faisait pas périr sous le fouet. Mais son maître avait le droit de lui donner la mort; ce n’ était là qu’une perte matérielle. L’esclave n’avait pas le droit de paraître devant les cours de justice; aucun parent ne pouvait le venger quand on l’avait outragé. Lorsqu’un étranger le tuait, son maître réclamait des dommages et intérêts. S’il était accusé, « sa peau payait pour lui » ; s’il fuyait, il était traqué comme unebéte; pris, il était battu jusqu’à la mort, et si l’esclave était une femme, on la brûlait*
Nouveaux progrès de la conquête anglaise. — L’arrêt des progrès de la conquête , qui suivit la bataille de Mont-Badon, ne dut pas être de longue durée, car il semble que les Bretons, au temps même où Gildas écrivait, furent chassés de la côte occidentale par une série d’incursions, dont l’histoire est perdue. Les envahisseurs qui s’emparaient ainsi des plaines du comté de Lincoln et du grand territoire séparé du reste de la Bretagne par le Wash, appartenaient à la tribu centrale de la confédération germanique. Ils portaient plus spécialement le nom d’Anglais, tandis que les conquérants de la Bretagne méridionale s’appelaient les Saxons, et ceux du Kent, les Jutes. Au nord du Wash, ils étaient connus sous le nom de Lindisivaras et de Gyrivas; au sud de la côte, on les appelait Nortk-folk (gens du Nord) et South-folk (gens du Sud), noms que conservèrent les comtés où ils s’établirent. Le district des environs de Londres qui comprend le Middlessex et l’Essex fut conquis et colonisé par les Saxons.
Ce furent peut-être les succès obtenus sur la côte occidentale qui poussèrent les Saxons occidentaux à s’avancer vers la côte méridionale. La prise du fort de Old Sarum, en 552, ouvrit le passage des collines du comté de Wilt. A la suite d’une nouvelle bataille, à Barbury Hill, dans la vallée supérieure de l’Avon, les vainqueurs fondirent, des hauteurs où ils se trouvaient, sur la riche proie qui les attendait le long des rives de la
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Severn. Gloccstcr, Cirencester et Bath, qui s’étaient liguées sous les rois bretons pour résister à l’invasion, furent le prix de la victoire des Anglais à Deorharn, en 577. Le passage de la grande rivière de l’ouest était ouvert aux vainqueurs. Les Saxons occidentaux pénétrèrent jusqu’aux environs de Chester et réduisirent en cendres la ville d’Uriconium, nouvellement élevée près du VVrekin. Un poëte breton chanta, avec larmes, la ruine d’Uriconium, « la blanche ville de la Vallée » , la ville de pierre blanche qui brillait au milieu des bois verts, et dont le château seigneurial est maintenant abandonné, « sans feu, sans lumière, sans chansons » ; le silence n'en est troublé que par le cri de l’aigle ce qui s’est désaltéré avec une boisson nouvelle, le sang jailli du cœur du blond Kyndylan 7? .
L’invasion fut cependant repoussée, et les Saxons, arretés par la foret d’Arden, rebroussèrent chemin vers l’est et gagnèrent la vallée de la Tamise. Une marche de leur roi Cuthvvulf les rendit maîtres, en 571, du pays qui forma plus tard les comtés d’Oxford et de Berk. Leurs progrès rapides le long de la Tamise les mirent bientôt au premier rang des conquérants de la Bretagne. Mais quoique le Wessex fût destiné, dans la suite, à établir sa suprématie sur tout le pays, son temps n’était pas encore venu, et le sort du peuple anglais devait être, pendant près d’un siècle, entre les mains d’une tribu de conquérants dont nous allons maintenant nous occuper.
Conquête de la Bretagne centrale et septentrionale. — Dans tous les pays dont s’emparèrent les pirates du Nord, les rivières furent les chemins naturels par lesquels ils pénétrèrent au cœur meme de l’Europe. En Bretagne, la forteresse de Londres leur barra la Tamise dès son embouchure; ainsi que nous l’avons vu, ils durent s’avancer vers la cote méridionale et vers les collines du Willshire, avant de gagner le cours supérieur du fleuve. Mais les rivières qui se réunissent dans l’estuaire de l’Humber conduisent au cœur même de la Bretagne, et ce fut par là que la grande masse des assaillants pénétra dans l’intérieur de l'ile. Us appartenaient, ainsi que les conquérants de la cote occidentale, à la tribu anglaise proprement dite, venue du Sleswig. — Une partie des envahisseurs, forcés de se tourner vers le sud pour éviter la forêt d’Klmet qui couvrait tout le district de Leeds, suivirent le cours du Trent. Ceux qui occupèrent le pays boisé, s’étendant entre le Trent et l’Humber, prirent de leur position le nom de Southhumbriens. Une autre division, s’avançant le long de la ligne courbe que forme le Trent, longea ensuite son affluent, le Soar, jusqu’à Leicester, et fut désignée dans la suite sous le nom d’Anglais du centre . Le cours supérieur du Trent fut le point de départ des conquérants qui pénétrèrent plus avant vers l’ouest et campèrent auprès de Lichfield et de Repton. Ce territoire devint le pays limitrophe entre les Anglais et les Bretons; ceux qui s’y établirent prirent le nom de Merciens, ce qui signifiait ^ habitants de la Marche ou frontière. »