LA RÉVOLTE I RL AN D A 1 S E
en quelques semaines commirent de tels ravages, (lisait l'ambassadeur de France à Louis XIV, « qu’il faudrait des années » pour les réparer. Pendant ce temps Jacques faisait voile pour l’Irlande et débarquait à Kinsale, Son but était d’envahir l’Angleterre avec les cinquante mille hommes dont Tyrconnell croyait pouvoir disposer. Mais ses plans furent réduits à néant par la guerre de races qui avait éclaté. Ni Tyrconnell ni les chefs irlandais ne voulaient rien entendre aux plans du Roi. Ils voulaient garder l’Irlande pour les Irlandais, et leur premier soin fut d’écraser les Anglais concentrés dans l’Ulster. La moitié de l’armée de Tyrconnell marcha contre Londonderry, où la plus grande partie des fugitifs protestants avaient trouvé refuge derrière de faibles murailles défendues seulement par quelques vieux canons. L’insuffisance des remparts de la ville fut largement compensée par l’héroïque, défense de ces sept mille Anglais réduits au désespoir. Ils attaquèrent même les ennemis avec une telle furie dans plusieurs sorties successives, et les pertes des catholiques furent si considérables, que Hamilton, général en' chef des troupes de Jacques 11, changea le siège en blocus. Les protestants mouraient dans les rues, épuisés, par la faim et par la fièvre qu’elle provoque, mais le cri général continuait à êire : « Pas de capitulation ! » Le siège dura cent cinq jours, et il ne restait de provisions que pour deux jours, lorsque, le 28 juillet, un navire anglais força la ligne des vaisseaux ennemis à l’entrce de la rivière, et les assiégeants furent obligés de se retirer.
Leur défaite devint une véritable déroute, grâce aux hommes d’Enniskillen, qui eurent le courage de traverser un marais pour charger une troupe irlandaise deux fois plus considérable que la leur, à Newtown- Butler. Ils chassèrent devant eux cavaliers et fantassins, et la panique s’empara bientôt de toute l’armée de Hamilton. Les soldats en déroute se replièrent sur Dublin, où Jacques se trouvait aux abois entre les mains de catholiques exaltés. Le Parlement qu’il avait réuni dans cette capitale se composait uniquement d’Irlandais et de papistes, dont le seul but était d’enlever leurs terres aux colons anglais et de rendre l’Irlande aux Irlandais. La loi constitutionnelle sur laquelle reposaient tous les titres de "propriété fut immédiatement abrogée, malgré la répugnance du Roi, et l’on comprit trois mille protestants riches et de grande famille dans le plus formidable bill d’aitainder que le monde ait jamais vu. Bien que Jacques eut promis la liberté religieuse, le. clergé protestant fut chassé de toutes les cures; on mit les fellows et professeurs à la porte de Trinity College, et l’ambassadeur français, le comte d’ Avaux, eut l’audace de proposer un massacre général des protestants qui étaient restés dans les provinces soumises à Jacques II, au cas où il y aurait soulèvement à l’arrivée des Anglais. Il faut dire, à l’éloge du Roi, qu’il repoussa avec horreur une pareille proposition : Je n’aurais jamais la cruauté », disait-il, « d’é-
gorger ceux qui vivent paisiblement sous ma domination. » — “ Se mon-
trer indulgent pour les protestants » , répliqua froidement son interlocuteur, « c’est être cruel pour les catholiques. »
L’Angleterre et la Révolution. — Guillaume fut obligé d’assister impuissant à la longue agonie de Londonderry, aux proscriptions et aux massacres ordonnés par le nouveau gouvernement irlandais. Les meilleures troupes, qui avaient été réunies à Hounslow, se trouvaient en ce moment sur la Sambre avec Marlborough; les embarras politiques augmentaient chaque jour, et il devenait impossible de se priver d’un seul des soldats restés en Angleterre. On peut dire cependant que, malgré la confusion et les intrigues qui suivirent la révolution, elle avait atteint son but. Whigset tories s’entendaient parfaitement sur les questions de liberté civile. La Déclaration des droits avait été transformée en un Bill des droits, et l’adoption de cette mesure en 1689 rendit à la monarchie le caractère qu’elle avait perdu sous les Tudors et les Stuarts. Le droit du peuple de déposer le Roi, de changer l’ordre de succession et de mettre qui bon lui semblait sur le trône, par l’entremise de ses représentants, fut à jamais proclamé; et l’on abrogea toute prétention au droit divin ou à un droit héréditaire indépendant de la loi, par l’élection de Guillaume et de Marie. Depuis lors, aucun souverain anglais n’a osé revendiquer d’autres droits à la couronne que ceux qu’il doit à un acte du Parlement. Guillaume, Marie et Anne montèrent sur le trône exclusivement en vertu du Bill des droits, et ce n’est qu’a Y Acte d J organisation (Act of seulement) que Georges 1 er et ses successeurs ont dû d’hériter de la couronne d’Angleterre. Le monarque anglais est aussi soumis de nos jours au Parlement que le plus petit percepteur du royaume. On rétablit non-seulement le caractère primitif de la royauté, mais l'ancienne constitution elle-même. L’Angleterre avait appris par une amère expérience la nécessité de rendre au Parlement la libre disposition des impôts. La concession que l’on avait faite aux deux derniers rois de leur accorder à l’avance une pension pour la vie entière expliquait leur politique antinationale; aussi le premier acte de la nouvelle Chambre fut-il de décider que le vote des revenus de la couronne ne serait valable que pour une période de quatre années. Guillaume se sentit profondément blessé : « Les gentilshommes d’Angleterre » , disait-il,
« avaient confiance dans le roi Jacques, qui était pourtant un ennemi des lois et de la religion, et ils ne veulent pas se fier a moi qui ai sauvé leur religion et leurs lois. » Cet accès de colère royale n’eut d’autre résultat que de décider le vote annuel des subsides, disposition qui, en dépit des légères modifications introduites plus tard par le premier parlement tory, a été maintenue jusqu’à nos jours .
Une autre réforme non moins importante fut l’établissement du contrôle des Chambres sur l’armée; la haine qu’excitait déjà du temps de Cromwell l’armée permanente n’avait fait que s’accroître sous Jacques II; mais la