‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 107 sur 187 · LA JUNTE · texte numérisé non relu

LA JUNTE

rendu célèbre; lord Wharton, connu comme le plus retors et le moins scrupuleux des hommes de ce parti, et enfin Montagne, qui était en train de se faire la réputation du plus habile financier d’Angleterre. Cependant il est douteux, malgré tout, que Guillaume se fût jeté dans les bras d’un ministère purement whig, sans l’attitude des tories à l’occasion de la guerre continentale (1091).

La France était épuisée, et pourtant là guerre continuait toujours, et les alliés ne remportaient pas une seule victoire. En attendant, les corsaires français ruinaient le commerce anglais, et la nation souffrait de la constante augmentation des impôts. Les tories, toujours peu enthousiastes de la Sainte-Alliance, commençaient à désirer vivement la paix. Leswhigs, au contraire, restaient partisans très-résolus de la guerre. Guillaume, qui attachait une importance particulière à la lutte contre la France, se décida petit à petit à suivre le conseil de Sunderland. Montagne avait déjà facilité la continuation de la guerre en réalisant le plan proposé par un Ecossais, Will iam Paterson, pour la création d’une banque nationale. Cette Banque (V Angleterre (tel fut le nom de cette institution), tout en ayant un capital constitué comme toutes les autres banques, servit en fait à faciliter les emprunts d’Etat, en obtenant de la couronne la promesse de rembourser aux prêteurs leurs avances dès qu’ils le demanderaient. On ouvrit une souscription publique par un emprunt de 1,200,000 livres (trente millions de francs), et les souscripteurs de cet emprunt formèrent une Société entre les mains de qui tous les emprunts furent désormais placés. En dix jours, la liste des souscripteurs fut constituée. La découverte des ressources fournies par la richesse nationale révéla une source nouvelle de pouvoir, et la constitution de la dette nationale fut une garantie contre le retour des Stuarts, dont le premier soin eût été de répudier les engagements pris envers les créanciers de l’État. Cette manifestation du crédit public fortifia Guillaume au dehors, et lui permit d’exécuter pacifiquement le plan de Sunderland et de donner à son gouvernement l’unité d’action. Les ministres tories furent tous successivement remplacés par les membres de la Junte. Russell devint premier lord de l’Amirauté; Somers, garde des sceaux; Montague, chancelier de l’Échiquier, et Shrewshury, secrétaire d'Etat (1695).

Avant même que ces changements eussent été complètement réalisés, on en sentit l’effet. Le ton de la Chambre se trouva complètement modifié. La majorité whig, solide, unie et bien disciplinée, vota docilement selon la volonté de ses chefs naturels, les ministres whigs de la couronne. Cette nouvelle situation permit à Guillaume de supporter les attaques auxquelles il fut en butte à la mort de la reine Marie (1694). Les tories crurent pouvoir le combattre plus aisément maintenant qu’il était seul. Mais le Parlement, que le Roi s.’était rendu favorable en consentant enfin au Bill de trienn alité, soutint énergiquement le ministère ; et cette fidélité fut récompensée

par des succès sur le continent. En 1695, l’Alliance remporta enfin un triomphe éclatant sur la France par la prise (le Namur. Guillaume profita de la victoire pour convoquer un nouveau Parlement, dont les membres se montrèrent décidés à continuer la guerre; mais ils n’étaient nullement un docile instrument entre ses mains. Ils le forcèrent à révoquer des dons exagérés de terres faits à ses favoris hollandais, et à renvoyer ses ministres pour l’Ecosse qui soutenaient un absurde projet de colonisation écossaise dans l’isthme de Darien. Ils réclamèrent le droit de nommer les membres du nouveau Bureau de commerce établi pour régler toutes les affaires commerciales (1696). Ils repoussèrent un projet de censure de la presse, le dernier qui ait été proposé. Mais cette opposition n’avait rien de factieux. Le ministère était si fort que Montague put résister au mécontentement, universel causé par la réforme du cours des monnaies, dont la valeur était inférieure à leur valeur nominale. En dépit des embarras financiers causés par cette réforme, Guillaume fut en état de tenir la France en échec.

La fin de la guerre approchait. Louis XIV ne continuait à se battre que pour obtenir des conditions plus avantageuses, et bien que Guillaume fut persuadé que l’on ne pouvait traiter avec la France que l’épée à la main, il se montrait presque aussi impatient (pie Louis d’obtenir la paix, et de pouvoir s’occuper de la succession d’Espagne que la santé chancelante du roi Charles II rapprochait de plus en plus. Une négociation secrète entre Louis XIV et Guillaume III leva tous les obstacles que l’Empire et l’Espagne avaient suscités pour empêcher un accommodement, et la paix fut enfin signée à Byswick, en octobre 1697. C’était, en somme , un triomphe pour Guillaume, malgré ses nombreux insuccès sur les champs de bataille. Toutes les victoires de la France étaient restées stériles en face de l’Europe coalisée ; et, pour la première fois depuis le temps de Bichelieu, elle fut contrainte de consentir à une paix désavantageuse. Elle renonça, du côté de l’Empire, à toutes les conquêtes faites depuis le traité de Nimègue, à l’exception de Strasbourg. Louis rendit à l’Espagne le Luxembourg et tout ce qu’il lui avait pris dans les Pays-Bas durant la dernière guerre; enfin, le duc de Lorraine était rétabli dans ses Etats. Louis XIV se sentit surtout humilié d’avoir été obligé d’abandonner la cause des Stuarts et de reconnaître Guillaume comme roi d’Angleterre. La paix de Bysuick fut ainsi la ruine définitive de la conspiration formée entre Louis XIV et les Stuarts, depuis le traité de Douvres, pour faire de l’Angleterre un pays •catholique et vassal de la France. Elle fit plus encore, elle fit de l’Angleterre le centre du système d’équilibre européen.

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