LES COLONIES PURITAINES
semblaient défendre la vieille Église anglicane contre les attaques du primat.
La lutte devenait chaque jour plus difficile à cause de la puissance de Laud, qui avait pour lui le Roi. et la cour. Les puritains voyaient leurs ministres réduits au silence ou privés de leurs cures, le sabbat profané, et la cérémonie la plus sainte du culte rapprochée autant que possible de la messe romaine. Ils retrouvaient la doctrine catholique enseignée du haut des chaires et les cérémonies catholiques célébrées dans les églises. Qu’y a-t-il d’étonnant, après cela, que les hommes pieux d’Angleterre aient vu l’intervention directe de la main de Dieu dans la fondation de la colonie du Massachusetts et aient senti leurs cœurs attirés au delà de l’Océan ? Vainement des âmes faibles revenaient raconter les dangers et les difficultés qu’on y rencontrait, et comment deux cents des nouveaux colons avaient péri pendant le premier hiver ; une lettre de Wintliorp leur apprenait avec quelle énergie avait lutté la poignée de courageux pionniers restés à leur poste : « Nous adorons en paix Dieu et Jésus-Christ ; n’est-cc pas assez? Je remercie le Seigneur de me sentir si bien ici et de ne pas me repentir d’être venu ; je ne voudrais pas avoir renoncé à mon projet, quoique j’eusse prévu toutes ces épreuves ; je n’ai jamais ressenti un plus grand contentement d’esprit. »
Malheureusement, en traversant l’Atlantique, les puritains, si énergiques et si virils, ne s’étaient pas dépouillés de leur étroitesse et de leur rigorisme. Un jeune pasteur, Roger Williams, fut obligé de quitter le Massachusetts et de se réfugier chez les colons de Rhode-Island pour avoir prêché la liberté de conscience (163G). Ils montrèrent aussi leur ressentiment des persécutions qu’ils avaient eu à subir dans leur pays, en abolissant l’épiscopat et en interdisant le Frayer Book . La colonie devint bientôt, grâce au zèle religieux de ses membres, une sorte de théocratie. Pour que le gouvernement restât confié à de bons et honnêtes citoyens, il fut ordonné qu’aucun homme ne serait admis à jouir des libertés politiques, à moins qu’il ne fit partie d’une des nombreuses églises de la communion protestante.
Plus la main de Laud s’appesantissait sur l’Angleterre, plus l’émigration puritaine prenait de Pextension. Trois mille colons arrivèrent d’Angleterre en une seule année. Le débarquement de Harry Vane, fils d’un secrétaire d’Etat, destiné à jouer l’un des principaux rôles dans la future révolution, semblait annoncer l’arrivée des chefs mêmes du mouvement puritain. L’anecdote qui veut qu’un ordre du Roi ait seul empêché Cromwell de passer les mers, est probablement controuvée; mais il est certain que la révolution qui suivit l’insurrection écossaise empêcha seule les hommes du plus haut rang de quitter l’Angleterre. Lord Warwick s’était assuré la possession de la vallée du Connecticut, lord Say et Sele et lord Rrooke entrèrent en négociations pour se faire transporter dans le Nouveau
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LA NOUVELLE - ANGLETERRE
Monde. Hampden acheta des terres dans le ’Narragansett. Le nombre croissant des émigrants est une preuve de la violence des persécutions.
Entre le départ de Winthorp et la réunion du Long Parlement, c’est-àdire pendant une période de dix à onze .ans, deux cents navires d’émigrants traversèrent l’Atlantique, et vingt mille Anglais trouvèrent un refuge en Amérique.